OMS : vives préoccupations éthiques autour d’un essai sur le vaccin contre l’hépatite B en Guinée-Bissau

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) exprime de sérieuses réserves scientifiques et éthiques concernant un projet d’essai contrôlé randomisé portant sur l’administration de la dose de naissance du vaccin contre l’hépatite B en Guinée-Bissau.

OMS : vives préoccupations éthiques autour d’un essai sur le vaccin contre l’hépatite B en Guinée-Bissau

L’institution onusienne rappelle que cette vaccination, administrée dans les 24 heures suivant l’accouchement, constitue une intervention éprouvée et essentielle pour prévenir la transmission mère-enfant.

Dans une déclaration rendue publique à la suite de sollicitations médiatiques, l’OMS indique être « très préoccupée » par la justification scientifique, les garanties éthiques et la conformité aux standards internationaux d’un essai envisagé dans le pays. L’organisation souligne que la dose de naissance du vaccin contre l’hépatite B est utilisée depuis plus de trente ans et intégrée dans les calendriers vaccinaux de plus de 115 pays. Selon l’OMS, la sécurité et l’efficacité de cette vaccination sont établies de longue date.

Administrée à la naissance, elle permet de prévenir entre 70 et 95 % des transmissions mère-enfant, réduisant significativement les risques d’infection chronique, de cirrhose et de cancer du foie. L’organisation estime qu’un essai comportant un bras sans traitement exposerait délibérément certains nouveau-nés à des risques graves et potentiellement irréversibles, alors même qu’une intervention efficace existe déjà. Or, précisent les experts, les essais avec placebo ou sans traitement ne se justifient que lorsqu’aucune solution éprouvée n’est disponible ou lorsqu’une nécessité scientifique majeure l’impose, conditions qui, selon les informations accessibles publiquement, ne seraient pas réunies.

L’OMS pointe également une justification scientifique jugée insuffisante, une conception méthodologique susceptible d’introduire des biais significatifs, ainsi qu’un risque d’exploitation des contraintes liées aux ressources sanitaires. Elle rappelle que les obligations éthiques exigent de minimiser les risques et d’assurer un bénéfice potentiel clair pour les participants. L’institution note cependant que la Guinée-Bissau a suspendu l’étude en attendant des revues techniques complémentaires.

Elle se dit prête à accompagner les autorités nationales dans l’accélération de l’introduction effective de la dose de naissance, notamment à travers le renforcement de la chaîne du froid, le dépistage prénatal, la formation du personnel de santé et l’amélioration du suivi vaccinal. À l’échelle mondiale, l’hépatite B demeure responsable de centaines de milliers de décès chaque année. En Guinée-Bissau, plus de 12 % des adultes vivraient avec une infection chronique, tandis que la prévalence chez les enfants de moins de cinq ans reste largement supérieure à la cible internationale. Pour l’OMS, priver un nouveau-né d’une protection vaccinale reconnue ne relève pas d’un débat scientifique, mais d’un impératif éthique fondamental.

Souvenir Zannou

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