Chaque année, environ 9 000 femmes sont diagnostiquées en France avec un cancer du sein triple négatif, soit 10 à 15 % de l’ensemble des cancers mammaires. Cette forme touche proportionnellement davantage les femmes jeunes : près de 40 % des patientes ont moins de 40 ans au moment du diagnostic. Bien que la survie à cinq ans dépasse 80 % lorsque la maladie est détectée à un stade localisé, le risque de récidive demeure élevé. On parle de cancer « triple négatif » parce que les cellules tumorales ne présentent pas — ou très peu — trois récepteurs habituellement ciblés dans les traitements classiques : les récepteurs hormonaux aux œstrogènes, à la progestérone et la protéine HER2.
L’absence de ces cibles rend inefficaces les hormonothérapies et les thérapies anti-HER2, limitant les options thérapeutiques essentiellement à la chimiothérapie, à l’immunothérapie et, dans certains cas, à des traitements ciblés récents comme les inhibiteurs de PARP. La stratégie développée par BioNTech repose sur une approche individualisée. Pour chaque patiente, les chercheurs identifient des mutations spécifiques présentes dans la tumeur, appelées « néoantigènes ». Le vaccin à ARN messager est ensuite conçu pour apprendre au système immunitaire à reconnaître ces fragments anormaux et à attaquer les cellules cancéreuses correspondantes.
L’objectif n’est pas de prévenir l’apparition du cancer, mais de réduire le risque de rechute après le traitement initial. Dans cet essai préliminaire mené sur 14 femmes, les scientifiques ont observé une activation ciblée du système immunitaire chez la majorité des participantes, avec une réponse des lymphocytes T dirigée contre les néoantigènes sélectionnés. Même si le nombre de patientes reste limité et que le recul est encore insuffisant pour conclure sur l’efficacité à long terme, ces premiers résultats sont jugés prometteurs.
Des approches similaires à base d’ARN messager ont déjà montré des signaux positifs dans d’autres cancers, notamment le pancréas et le colorectal. Elles s’inscrivent dans le développement plus large de l’immunothérapie personnalisée, qui vise à adapter le traitement au profil génétique propre à chaque tumeur.
Des essais cliniques de plus grande ampleur seront nécessaires pour confirmer l’efficacité et la sécurité de ce vaccin thérapeutique dans le cancer du sein triple négatif. Si ces résultats se confirment, cette innovation pourrait transformer la prise en charge de cette forme particulièrement redoutée de cancer, en offrant une arme supplémentaire pour prévenir les rechutes et améliorer la survie à long terme.
