Augustin Babagbéto : vers un « changement des normes sociales et l’amélioration de l’accès aux services de santé »

Le Projet intégré pour l’autonomisation de la femme et la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles est mis en œuvre avec l’appui d’ONU Femmes et du Fonds Français Muskoka dans les communes de Bohicon et de Toffo. Les principaux axes d’intervention du projet, les premiers résultats enregistrés et les perspectives font l’objet d’un entretien avec Augustin Babagbéto, chargé de programme à la Mutuelle de Jeunes Chrétiens pour le Développement (MJCD).

Augustin Babagbeto

À Bohicon où une mission conjointe d’ONU Femmes et de la MJCD est allée constater l’avancée des actions entreprises, le 7 août dernier, le projet couvre les dix arrondissements et 51 villages, avec des actions notamment orientées sur la prévention des violences basées sur le genre, l’autonomisation économique, la formation professionnelle et l’accès aux services de santé des adolescents et des jeunes.

Miodjou : Vous êtes chargé de programme à la MJCD. Dans quel cadre s’inscrit le projet que vous mettez en œuvre avec l’appui d’ONU Femmes et du Fonds Français Muskoka ?

Augustin Babagbéto : Pour cette année, nous mettons en œuvre le Projet intégré pour l’autonomisation de la femme et la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles. Ce projet s’inscrit dans une dynamique de changement des normes sociales et d’amélioration de l’accès des adolescents et des jeunes aux services de santé. Il est mis en œuvre dans les communes de Bohicon et de Toffo.

À Bohicon, qui constitue notre zone de convergence, nous intervenons dans les dix arrondissements, plus précisément dans 51 villages. Nous travaillons notamment avec des adolescentes et des jeunes fréquentant les centres de formation professionnelle, ainsi qu’avec des mères d’enfants regroupées autour d’un mécanisme de priorisation appelé SOCOP (Solidarité communautaire pour la promotion de l’entrepreneuriat et de l’emploi).

Les bénéficiaires élaborent leurs budgets et leurs micro-plans, et nous essayons de mettre à leur disposition les moyens nécessaires à la réalisation de leurs activités.

Nous travaillons également avec les pairs éducateurs. Toutes ces cibles bénéficient de renforcements de capacités sur des thématiques liées aux violences basées sur le genre, à l’autonomisation de la femme et à l’entrepreneuriat. Au-delà de la formation, nous avons fait le choix de privilégier l’accompagnement. Il ne suffit pas d’identifier et de former les bénéficiaires ; il faut également les accompagner dans la durée.

Concrètement, comment cet accompagnement se traduit-il sur le terrain ?

Lorsque nous intervenons sur le terrain et que nous identifions des cas de violences basées sur le genre, nous procédons à leur référencement vers des structures de prise en charge, notamment les structures sanitaires, à l’instar du Guichet Unique de Protection Sociale (GUPS). Mais nous avons également compris que la prise en charge ne pouvait pas, à elle seule, résoudre le problème. Les bénéficiaires restent parfois dans des situations de vulnérabilité. C’est pourquoi, notamment pour les mères, nous avons mis l’accent sur l’autonomisation.

Les bénéficiaires des formations disposent déjà d’une certaine autonomie sur plusieurs plans. Mais sur le plan économique, nous avons estimé nécessaire de les accompagner davantage. Nous identifions avec elles les activités génératrices de revenus, nous analysons leur potentiel et, lorsqu’elles peuvent effectivement générer des revenus, nous les appuyons. Grâce à l’appui d’ONU Femmes et du Fonds Français Muskoka, un fonds est mis à disposition. Les bénéficiaires élaborent leurs budgets et leurs micro-plans, et nous essayons de mettre à leur disposition les moyens nécessaires à la réalisation de leurs activités.

Comment intervenez-vous auprès des adolescentes et jeunes femmes qui se trouvent dans des situations de vulnérabilité particulièrement importantes ?

Certaines adolescentes sont délaissées, orphelines ou vulnérables et ne disposent d’aucun soutien. Dans ces situations, il faut apporter une réponse adaptée. On ne peut pas demander à une jeune fille qui se trouve dans une telle situation de se lancer directement dans une activité commerciale. Nous l’orientons plutôt vers un centre de formation professionnelle.

Notre démarche repose sur un travail collégial.

Nous avons un partenariat avec les structures et la faîtière des artisans avec lesquelles nous travaillons. Chaque jeune fille identifie l’activité qu’elle souhaiterait exercer plus tard. Avec la structure partenaire, nous identifions ensuite un centre situé à proximité de son lieu de résidence et nous l’y orientons pour sa formation. Nous accompagnons également des femmes qui disposent de diplômes professionnels mais qui se trouvent, pour diverses raisons, dans une situation de vulnérabilité extrême. Selon leur secteur d’activité, nous les accompagnons vers l’insertion professionnelle ou l’installation.

Quelle place accordez-vous aux leaders religieux dans cette démarche ?

C’est un point fort du projet. Nous considérons que lorsque les autorités et les détenteurs de pouvoir nous accompagnent, la transformation des normes sociales peut être plus rapide. Nous avons donc établi un partenariat avec les leaders religieux et nous travaillons avec eux. Leur implication est importante parce qu’ils exercent une certaine influence sur les bénéficiaires et sur la population. Notre démarche repose sur un travail collégial. Nous ne sommes pas les seuls acteurs. Plusieurs parties prenantes interviennent et contribuent à la mise en œuvre des différentes actions.

Quels sont, à ce jour, les principaux résultats enregistrés par le projet ?

À ce jour, nous avons directement appuyé plus de 1 000 bénéficiaires. En plus de ces bénéficiaires directs, plus de 5 700 personnes ont été touchées indirectement. Ces résultats sont notamment liés aux activités menées par les animatrices sur le terrain, aux actions de Communication pour le changement social et comportemental (CCSC), aux visites à domicile et aux différentes activités organisées avec l’appui des radios.

Nous constatons également des changements dans les comportements et dans la capacité des filles à aborder certaines questions. Autrefois, parler de sexualité était un véritable tabou. Aujourd’hui, les filles ont davantage d’aisance pour poser leurs problèmes. Lorsqu’elles sont malmenées ou harcelées, elles nous contactent plus facilement et nous les accompagnons.

Quelles sont les perspectives pour la suite du projet ?

Nous avons deux priorités fondamentales. La première est d’étendre nos activités à d’autres villages afin de permettre à davantage de personnes de bénéficier de ces actions. La seconde concerne le renforcement de notre collaboration avec les leaders religieux.

Ce qui est donc essentiel, c’est l’information d’abord, puis l’accompagnement et la prévention.

C’est un capital important. Nous estimons qu’il est difficile d’obtenir des résultats significatifs sans leur implication, compte tenu de leur influence sur les bénéficiaires et sur la population. Nous souhaitons donc travailler davantage avec eux afin qu’ils adhèrent à notre cause et partagent la même vision. Cela devrait nous permettre d’obtenir des résultats encore plus significatifs.

Que faut-il faire, selon vous, pour réduire la vulnérabilité et prévenir les violences ?

Parler d’éradication est peut-être un peu excessif. Mais ce qui est important aujourd’hui, c’est l’information et la formation. Lorsqu’une personne dispose de l’information et des compétences nécessaires, elle peut plus facilement se défendre lorsqu’une situation difficile se présente. En revanche, lorsqu’elle ne dispose pas de ces informations, elle peut plus facilement être victime d’abus.

Ce qui est donc essentiel, c’est l’information d’abord, puis l’accompagnement et la prévention. C’est surtout dans cette logique de prévention que nous intervenons.

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