A Bohicon, ONU Femmes s’enquiert des résultats de la MJCD sur l’autonomisation des femmes et la lutte contre les VBG

Dans le cadre du « Projet intégré pour l’autonomisation des femmes, la transformation des normes sociales contre les VBG et la promotion des droits humains » dans les communes de Bohicon et de Toffo, la Mutuelle de Jeunes Chrétiens pour le Développement (MJCD), en partenariat avec le Fonds français Muskoka et ONU Femmes, a effectué une visite sur le terrain dans la commune de Bohicon le vendredi 7 août 2026.

Plus de 1 000 bénéficiaires directs et plus de 5 700 bénéficiaires indirects : c’est le bilan présenté par la Mutuelle de Jeunes Chrétiens pour le Développement (MJCD) dans le cadre du « Projet intégré pour l’autonomisation de la femme et la lutte contre les violences faites aux filles ». À Bohicon, les actions menées avec l’appui d’ONU Femmes et du Fonds français Muskoka combinent prise en charge, formation professionnelle, autonomisation économique et accompagnement des victimes de violences basées sur le genre (VBG). La visite de l’équipe conduite par Djenaba Ndao, chargée de projets genre et santé sexuelle et reproductive au bureau régional Afrique de l’Ouest et du Centre d’ONU Femmes, et composée des responsables de la MJCD et des partenaires techniques, a pour objectif d’évaluer les effets du projet auprès des bénéficiaires, recueillir leurs témoignages et identifier les besoins encore à satisfaire.

Au centre féminin de Bohicon, qui accueille exclusivement des filles victimes de VBG, Lydie Auriole Ahodekon, facilitatrice de la MJCD, a présenté le dispositif de prise en charge. Le centre compte actuellement 54 filles, âgées de 4 à 17 ans. « Dès leur arrivée au centre, elles sont orientées vers les secteurs correspondant à leur profil. Certaines sont orientées vers des centres d’apprentissage, d’autres vers l’école, etc. Nous disposons d’ailleurs, au sein du centre, d’ateliers de couture, de coiffure et de tissage », a-t-elle expliqué.

L’accompagnement ne s’arrête pas à la formation. Après leur sortie, certaines filles sont réintégrées dans leur famille tandis que d’autres poursuivent leur parcours. Un suivi est fait afin de favoriser leur réinsertion. Le parcours d’Esther A., fille du centre, illustre cette dynamique. Présente dans la structure depuis 2023, elle a entrepris une formation en couture avant de se former également en coiffure. Interrogée, elle témoigne : « Grâce au centre, je peux désormais exercer deux activités. J’exhorte mes sœurs à prendre soin de ce qu’on nous apprend ici, car, comme on le dit, le travail est notre premier mari. » De son côté, Percide S., fille du centre, qui a expliqué avoir échappé à un mariage forcé alors qu’elle n’était âgée que de 15 ans. Après avoir été orientée vers le dispositif d’accompagnement, elle a choisi la coiffure et bénéficie aujourd’hui d’un apprentissage financé dans le cadre du projet.

Pour Djenaba Ndao, représentante d’ONU Femmes en visite au Bénin, ces témoignages montrent l’importance d’une prise en charge qui ne se limite pas à la protection immédiate des victimes. Elle estime que l’éducation et l’apprentissage d’un métier constituent des leviers essentiels pour reconstruire l’avenir des jeunes filles. « Quand une femme est éduquée, quand une femme a un métier et quand une femme peut travailler pour elle-même, elle gagne en autonomie et construit son avenir. Et quand l’avenir de la femme est radieux, c’est bénéfique pour la famille, pour elle-même, pour toute la communauté et pour la société », a-t-elle expliqué.

Entre prévention, référencement et autonomisation économique

Pour Augustin Babagbeto, chargé de programme à la MJCD, le projet ne se limite pas à la formation des bénéficiaires. Il repose sur une approche intégrée associant prévention des VBG, accès aux services et autonomisation économique. Mis en œuvre à Bohicon et à Toffo, le projet couvre, pour la commune de Bohicon, les dix arrondissements et 51 villages. Il cible notamment les adolescents et les jeunes fréquentant les centres de formation professionnelle, ainsi que les mères d’enfants et différents acteurs communautaires.

L’identification des cas de VBG constitue également un volet important du dispositif. Les victimes repérées sont orientées vers des structures communautaires capables d’assurer leur prise en charge. Sur le plan économique, les bénéficiaires sont accompagnées dans le choix d’activités génératrices de revenus susceptibles de réduire leur vulnérabilité. « Nous identifions des activités génératrices de revenus qui sont porteuses et nous les analysons avec elles afin de déterminer si ces activités peuvent contribuer à réduire leur vulnérabilité », a expliqué le chargé de programme. Le programme s’appuie par ailleurs sur des partenariats avec des structures de formation afin de rapprocher les bénéficiaires des centres correspondant à leur projet professionnel.

Au-delà des acquis, des besoins persistent

Si les bénéficiaires mettent en avant les changements apportés par le projet, la visite a également permis de faire remonter plusieurs difficultés matérielles. Bernadette, fille du centre de formation féminine de Bohicon, a notamment évoqué les difficultés rencontrées par les apprenantes en couture à l’approche des examens. « Parfois, nous manquons de quelques outils de couture, notamment des tissus, des épingles et autres. Cela devient une charge pour la sœur religieuse qui est notre responsable », a-t-elle expliqué. Ces préoccupations ont été corroborées par Lydie Auriole Ahodekon, facilitatrice de la MJCD, qui a également signalé le manque de machines à coudre et de matières premières dans certains ateliers.

« Par manque de machines disponibles pour chaque apprenante, elles subissent une certaine pression dans leur utilisation à tour de rôle. Ce qui ne leur permet pas de bien profiter des séances pratiques », a-t-elle soutenu. La question de la prise en charge sanitaire reste également un enjeu. Joëlle Degan, assistante sociale, a évoqué des besoins liés notamment aux soins médicaux, à la scolarité et à l’alimentation. Elle a également relevé les difficultés liées au financement de la scolarité, aux fournitures et à l’écolage des filles en âge scolaire.

Conscient des enjeux, Ferdinand Bocossa Yao, maire de Bohicon, a assuré que la municipalité entend poursuivre son accompagnement en faveur de l’autonomisation des femmes et des filles. « Les femmes représentent 52 % de la population de Bohicon. Nous ne pouvons donc pas parler de développement si nous ne prenons pas en compte la gent féminine », a déclaré le maire. L’élu communal a annoncé la création prochaine d’une Maison de la Femme dans la commune. Le projet devrait servir de cadre d’écoute, d’échange et d’éducation pour les femmes, les filles déscolarisées et celles confrontées à des difficultés. La mairie entend également renforcer l’alphabétisation des femmes, notamment pour faciliter leur accès au numérique et leur participation aux activités liées à la digitalisation.

Un accompagnement à consolider

La visite a également permis de rencontrer une bénéficiaire au palais royal Dako-Donou, à Houawe-Djotin. Son témoignage montre que l’accompagnement peut produire des effets au-delà du passage en centre. « Ce que je suis aujourd’hui, c’est grâce à ONU Femmes, à la MJCD et à MUSKOKA. Ils ont contribué à ma rééducation. Je les remercie énormément », a-t-elle affirmé. Déjà équipée d’une machine, elle souhaite toutefois renforcer son activité grâce à de nouveaux équipements. Pour Berthe Codja, directrice exécutive adjointe de la MJCD ONG, cette visite constitue justement une occasion de constater les réalités vécues par les bénéficiaires et de recueillir leurs préoccupations.

« Nous sommes venus faire le constat et également faire connaissance avec vous à travers vos activités dans ce centre », a-t-elle expliqué. « Ensemble avec la MJCD, nous allons poursuivre cette collaboration et également appuyer ce centre », a conclu Djenaba Ndao. Entre témoignages, résultats et défis, cette visite revêt une grande importance. Les données recueillies permettront à la MJCD et à ses partenaires de prendre les dispositions idoines afin de renforcer l’impact positif du projet.

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