Miodjou : Quel est le contexte de cette revue du projet Cascade ?
Edmond Zinzindohoué : Cette rencontre intervient dans le cadre de la revue périodique du projet Cascade, mis en œuvre depuis juin 2022. Tous les trois mois, nous réunissons nos partenaires afin d’examiner l’état d’avancement des activités et de faire le point sur l’utilisation du budget.
Le projet est mis en œuvre avec l’appui d’ONG, d’alliances et d’associations qui interviennent directement auprès des populations dans les communes ciblées. Ces revues permettent donc d’apprécier les résultats obtenus avec l’ensemble des acteurs concernés et d’identifier les éventuels ajustements nécessaires. Pour 2026, il s’agit de la deuxième revue du projet.
Quel bilan faites-vous de la mise en œuvre dans les différentes zones d’intervention ?
Le projet couvre 20 communes dans six départements : Dangbo, Adjohoun et Bonou dans l’Ouémé; Abomey, Djidja et Covè dans le Zou; Djakotomey, Toviklin et Klouékanmé dans le Couffo; Pèrèrè, Nikki et Kalalé dans le Borgou; Karimama, Malanville, Gogounou et Banikoara dans l’Alibori; ainsi que Matéri, Tanguiéta, Boukoumbé et Toucountouna dans l’Atacora.
Dans ces différentes localités, nous avons positionné des partenaires qui travaillent directement avec les communautés. Au regard des avancées enregistrées, nous pouvons dire que le projet a permis de renforcer le lien entre les politiques publiques en matière de nutrition et les réalités vécues à la base.
[…] prendre une part active aux actions menées au niveau local […]
Nous nous sommes notamment appuyés sur les orientations de la Politique nationale d’alimentation et de nutrition (PNAN), ainsi que sur les engagements internationaux du Bénin, notamment dans le cadre de Nutrition for Growth. L’objectif était d’accompagner les communes afin qu’elles intègrent ces priorités dans leurs propres politiques de développement.
Cette démarche a conduit à la mise en place de 20 cadres de concertation communaux. Ces espaces favorisent le dialogue entre les secteurs de l’éducation, de l’agriculture, de la santé, des affaires sociales et la société civile. Ils permettent aux différents acteurs de mieux coordonner leurs interventions et de rechercher davantage de complémentarité dans les actions nutritionnelles.
Quel rôle les communautés, notamment les femmes, jouent-elles dans cette dynamique ?
Nous avons accordé une attention particulière aux femmes, aux groupements et aux fédérations de groupements de femmes. L’objectif est de leur permettre de prendre une part active aux actions menées au niveau local, notamment en matière de plaidoyer pour améliorer l’accès aux services de nutrition.
Nous avons également travaillé au renforcement de leur autonomie à travers le développement d’activités susceptibles d’améliorer leurs conditions de vie. Il s’agit aussi d’agir sur les habitudes alimentaires des ménages afin de favoriser l’accès à une alimentation saine et équilibrée.
Le projet s’appuie également sur le SISAN. Quel apport cet outil représente-t-il ?
Le SISAN, Score d’intégration de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, est un outil qui existait avant le projet Cascade. Il avait été développé par Enabel dans le cadre du projet AMSANA (Appui Multisectoriel à la Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle dans l’Atacora), avec pour objectif de favoriser une approche multisectorielle de la nutrition au niveau communal.
Nous avons fait le choix de capitaliser sur cet acquis, en collaboration avec l’Association nationale des communes du Bénin (ANCB), afin de le déployer dans nos communes d’intervention.
L’une des avancées importantes est aujourd’hui l’intérêt porté à cet outil par le Gouvernement, à travers la Direction générale des politiques de développement (DGPD). Le SISAN a été adopté dans le cadre de la révision du guide d’élaboration et d’examen des Plans de développement communal (PDC).
[…] que les ressources destinées au développement local puissent accorder une place clairement définie à la nutrition.
Cet instrument permet d’apprécier la prise en compte de la nutrition dans les PDC, qui couvrent cinq années, mais également dans les plans annuels d’investissement des communes. Les préfectures pourront ainsi s’en servir pour examiner la sensibilité à la nutrition des documents de planification communale.
Nous avons commencé par le déployer dans les 20 communes couvertes par Cascade. Avec son adoption par la DGPD, cet outil est désormais susceptible d’avoir une portée beaucoup plus large et de contribuer à améliorer la prise en compte de la nutrition dans les 77 communes du Bénin.
Quelles perspectives se dégagent de cette revue ?
Deux perspectives nous paraissent essentielles.
La première porte sur la pérennisation des approches développées par le projet. Nous disposons aujourd’hui d’outils qui ont fait leurs preuves dans l’évaluation des services de base, notamment dans les domaines de l’eau, de l’alimentation et de la nutrition. Nous souhaitons que ces approches puissent être progressivement appropriées par les services de l’État afin de bénéficier à un nombre plus important de communes.
La deuxième concerne le SISAN et les moyens nécessaires à son utilisation effective. Il est important de rappeler que cet outil a été développé initialement par Enabel à travers le projet AMSANA. Nous avons choisi de valoriser cet acquis plutôt que de repartir de zéro.
Mais la planification ne peut produire pleinement ses effets sans ressources. Après l’élaboration de plans sensibles à la nutrition, les communes doivent disposer des moyens nécessaires pour les mettre en œuvre.
Nous souhaitons donc que les ressources destinées au développement local puissent accorder une place clairement définie à la nutrition. Une partie de ces financements pourrait être consacrée de manière systématique aux interventions nutritionnelles.
La nutrition constitue un enjeu majeur pour le développement du pays. La consolidation des acquis passe donc par leur appropriation durable, mais également par la mobilisation des ressources indispensables à leur mise en œuvre.
