Santé mentale au Bénin : le RePriSaM lancé pour renforcer la coordination des soins

A l’occasion de la célébration de la journée mondiale de la santé mentale, un atelier de réseautage sur la santé mentale et le bien-être psychologique a eu lieu, le samedi 10 octobre 2026, dans la salle de conférence de la Clinique les Mélodies à Godomey. Organisé par ladite Clinique et le cabinet Ange Bonheur, cabinet psychologique, il a abouti au lancement du Réseau Privé Santé Mentale (RePriSaM).

« La santé mentale correspond à un état de bien-être qui permet d’affronter le stress de la vie, de s’épanouir, d’apprendre, de travailler et de contribuer à la vie de la communauté. Elle fait partie intégrante du bien-être et constitue un droit humain fondamental. » Fort de cette définition de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui fait de la santé mentale un droit humain fondamental, la Clinique les Mélodies et le cabinet Ange Bonheur ont réuni, psychologues, soignants, acteurs du privé intervenant dans la santé mentale autour d’un objectif : rendre ce droit plus accessible, en réseau.

En effet, la santé mentale constitue un droit humain fondamental au même titre que la santé physique et au dire des intervenants, les deux sont liés. Les patients ont donc droit à des soins de qualité dans les différents lieux d’accueil. Au cours de l’atelier, Bertille Kpodohoun, psychologue clinicienne a présenté les normes de qualité et leur importance dans les soins en santé mentale. Elle a distingué trois niveaux d’indicateurs : la structure, le processus et le résultat. Pour la structure, elle a cité la disponibilité des professionnels, l’espace d’entretien confidentiel et les outils d’évaluation. En ce qui concerne le processus, les dossiers correctement renseignés, le consentement documenté et le délai d’orientation pour une prise en charge. Relativement au résultat, la satisfaction du bénéficiaire et le suivi constituent un indicateur important.

Elle a aussi défendu l’audit : « L’audit est un outil, pas une sanction. » Parmi les non-conformités fréquentes, elle a relevé entre autres, le consentement, la confidentialité, l’absence d’évaluation du risque et l’absence de supervision. Dans son développement, elle a fait comprendre que la « qualité est centrée sur la personne », avec six repères : utilité de l’intervention, autonomie et consentement, limites et compétences, intégrité et confidentialité, traçabilité, évaluation et amélioration continue. «  En psychologie, la qualité commence par la rencontre avec la personne, se construit dans la pratique, se vérifie par la traçabilité et l’évaluation, et se consolide par l’amélioration continue », a-t-elle affirmé avant de conclure : « non plus seulement prendre en charge, mais garantir une prise en charge sûre, éthique, compétente, confidentielle, centrée sur la personne, traçable, coordonnée et toujours améliorable ».

Des normes de qualité aux soins, Dr Josias Sohinto, directeur de la clinique, a abordé la santé mentale dans les parcours de soins : maladies chroniques, chirurgie, vulnérabilité psychologique. « On ne soigne pas une maladie, on soigne une personne », a-t-il martelé, rappelant que la douleur qu’on ne voit pas peut peser autant, voire plus, que celle que l’on mesure. Il va sans dire qu’une consultation psychologique est aussi importante avant toute chirurgie, et même après. Il n’a pas manqué de pointer les obstacles : le coût des consultations et du suivi, les patients qui ne reviennent pas après l’opération, et des assurances qui couvrent rarement le soutien psychologique. Son ambition est d’intégrer les psychologues aux équipes : accueil, garde, etc. « La santé mentale doit entrer dans le parcours du patient », a-t-il soutenu.

Le privé, un acteur complémentaire

Dans cette lutte, le secteur privé et le secteur public se doivent se serrer les coudes. Houedjoudjo Segbede E. Aligbonon, psychologue clinicienne, Manager du Cabinet Psychologique Ange Bonheur, a entretenu les participants sur le thème : « Santé mentale et bien-être psychologique : quelles réponses du secteur privé face à un enjeu croissant de santé publique ? » Elle a présenté cabinets, cliniques, entreprises et associations comme des acteurs complémentaires, capables d’agir en prévention (conférences, ateliers, contenus numériques) et sur la santé mentale au travail (espaces d’écoute, formation des managers, prévention du burnout).

Elle n’a pas éludé les limites : le coût des prestations peut pousser des familles à renoncer à se soigner ou à retarder leur recours, et la viabilité économique doit rester compatible avec l’intérêt de la personne, sans promesses irréalistes. La réponse, selon elle, « ne doit pas opposer secteur public et secteur privé. » Elle préconise la création des réseaux de professionnels et de structures, le développement des conventions et partenariats public-privé, la mise en place des systèmes de référence et contre-référence, des campagnes communes, etc. Au Bénin, les besoins, les difficultés d’accès et la stigmatisation rendent la prévention et la proximité indispensables. L’objectif affiché : « une offre plus accessible, coordonnée, éthique et continue. »

Le développement de la psychologue a été corroboré par Grégoire Magloire Gansou, professeur titulaire de psychiatrie, qui appelle à construire une véritable culture de santé mentale adaptée au contexte béninois. Il n’a pas manqué d’encourager les uns et les autres à l’émergence du réseau. À l’issue des communications et des échanges, un comité a été mis en place pour formaliser le réseau et assurer le bon déroulement de ses activités. Avec le RePriSaM, les acteurs privés de la santé mentale entendent se connaître, collaborer et mieux plaider leur cause en faveur de la santé mentale au Bénin.

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