Accueil A la une Climat : 93 % de probabilité d’une année chaude entre 2022-2026 (Rapport)

Climat : 93 % de probabilité d’une année chaude entre 2022-2026 (Rapport)

Le rapport United in Science a fait le point sur les gaz à effet de serre, les températures mondiales, les prévisions climatiques et les points de bascule. Ce rapport révèle d’énormes impacts météorologiques extrêmes.

Si des mesures beaucoup plus ambitieuses ne sont pas prises, les effets physiques et socioéconomiques du changement climatique seront de plus en plus dévastateurs. C’est ce qui ressort d’un nouveau rapport sans équivoque sur le climat, élaboré par plusieurs institutions sous la coordination de l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Ce rapport révèle un profond hiatus entre les aspirations et la réalité tangible.

En effet, United in Science dresse le bilan des publications scientifiques les plus récentes traitant du changement climatique, de ses incidences et des réactions qu’il suscite. Le rapport de cette année montre que les concentrations de gaz à effet de serre continuent d’augmenter et d’atteindre des pics sans précédents. Malgré la baisse temporaire qu’elles avaient marquée en raison du confinement, les émissions provenant des combustibles fossiles dépassent aujourd’hui les taux antérieurs à la pandémie. Si l’Accord de Paris devrait être respecté, on doit consentir à des réductions sept fois plus fortes d’ici à 2030, en limitant le réchauffement de la planète à 1,5 °C au-dessus des températures préindustrielles.

Selon ce rapport, les sept dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées. La probabilité que la température moyenne durant l’une des 5 prochaines années dépasse de 1,5 °C celle qui prévalait entre 1850 et 1900 est de 48 %. Les villes, qui abritent des milliards de personnes de la planète et qui sont responsables de plus de 70 % des émissions anthropiques, seront confrontées à des incidences socioéconomiques de plus en plus grande ampleur. Selon le rapport, qui donne des exemples de conditions météorologiques extrêmes dans différentes régions du monde cette année, ce sont les populations les plus vulnérables qui seront les plus touchées.

Alertes précoces

« Inondations, sécheresses, canicules, tempêtes violentes, feux de forêt… La situation va de mal en pis et les sombres records se succèdent à un rythme alarmant. Les canicules en Europe, les inondations phénoménales au Pakistan, de graves et longues sécheresses en Chine, dans la Corne de l’Afrique et aux États-Unis révèlent que la démesure de ces catastrophes n’a rien de naturel. Elles sont les conséquences de la dépendance de l’humanité aux combustibles fossiles», a souligné le Secrétaire général des Nations Unies, M. António Guterres.

Il s’inquiète à cet effet de ce que le rapport United in Science de cette année montre que le changement climatique est en passe de gagner une portée destructrice inouïe. Pourtant, alors même que les symptômes s’aggravent rapidement, « nous nous enfonçons chaque année un peu plus dans notre addiction aux combustibles fossiles ».

A en croire le Secrétaire général de l’OMM, M. Petteri Taalas, « les climatologues montrent de plus en plus clairement que, dans beaucoup de cas, si les phénomènes météorologiques extrêmes actuels sont devenus plus probables et plus intenses, c’est à cause du changement climatique induit par des activités humaines. Nous avons pu nous en convaincre à plusieurs reprises cette année, par l’observation de réelles tragédies. Aujourd’hui plus que jamais, nous devons agir pour multiplier les systèmes d’alerte précoce afin de renforcer la résilience aux aléas climatiques, tant actuels qu’à venir, des populations vulnérables. À cette fin, l’OMM mène actuellement une campagne pour garantir que, d’ici à cinq ans, toute la planète bénéficiera d’alertes précoces ».

En 2021, les émissions mondiales de CO2 d’origine fossile sont remontées aux taux de 2019 (avant la pandémie), après s’être ramenées à 5,4 % en 2020 en raison des multiples mesures de confinement. Selon les données préliminaires, les taux planétaires d’émissions de CO2 en 2022 (janvier à mai) sont supérieurs de 1,2 % à ceux de la même période en 2019, en raison d’augmentations aux États-Unis, en Inde et dans la plupart des pays européens.

Indépendamment des fortes fluctuations de ces deux dernières années et demie, les émissions de CO2 dues aux combustibles fossiles avaient considérablement diminué dans 23 pays (de nombreux pays européens, le Japon, le Mexique et les États-Unis) au cours de la décennie précédant la pandémie (2010-2019). Un quart des émissions de gaz à effet de serre (GES) dues à des changements d’affectation des terres sont liées au commerce international de produits alimentaires, et plus de 75 % de celles-ci proviennent du défrichement des terres pour l’agriculture, y compris pour le pâturage.

Prévisions climatiques mondiales entre 2022-2026     

Les sept dernières années (2015 à 2021) ont été les plus chaudes jamais enregistrées. Selon les estimations, la température moyenne mondiale durant la période 2018-2022 (selon les données recueillies jusqu’en mai ou juin 2022) dépasse de 1,17 ± 0,13 °C la moyenne entre 1850 et 1900. Un épisode La Niña a entraîné une légère baisse des températures en 2021/22, mais cet effet sera temporaire.

Environ 90 % de la chaleur accumulée dans le système terrestre est stockée dans l’océan. Or, la teneur en chaleur de l’océan entre 2018 et 2022 était plus élevée qu’au cours de toutes les autres périodes de 5 ans précédentes, les taux de réchauffement de l’océan marquant une augmentation particulièrement forte au cours des deux dernières décennies.

Selon les prévisions, durant la période 2022-2026, les températures moyennes annuelles de la planète à proximité de la surface dépasseront les valeurs moyennes préindustrielles (1850 – 1900) de 1,1 °C à 1,7 °C.

La probabilité que la température mondiale moyenne annuelle près de la surface dépasse temporairement de 1,5 °C les niveaux préindustriels pendant au moins une des cinq prochaines années est de 48 %. Il n’y a toutefois qu’une faible probabilité (10 %) que le réchauffement moyen par rapport à l’ère préindustrielle dépasse cette limite au cours des cinq années. Le plafond de réchauffement de 1,5 °C défini dans l’Accord de Paris a été fixé dans une perspective pluriannuelle. Mais on s’attend à ce que, de plus en plus régulièrement, une année dépasse la limite de 1,5 °C à titre individuel à mesure que s’élèvent les températures de la planète.

Il y a une probabilité de 93 % qu’au moins une année parmi les cinq prochaines soit plus chaude que l’année la plus chaude jamais enregistrée (2016) et que la température moyenne durant 2022-2026 soit supérieure à celle des cinq dernières années.

Incidences socio-économiques des phénomènes météorologiques extrêmes

Les catastrophes météorologiques, climatiques et hydrologiques ont augmenté d’un facteur 5 au cours des 50 dernières années, causant des dommages qui se chiffrent à 202 millions de dollars des États-Unis par jour. À mesure que s’affinent les techniques de détermination des facteurs déclenchants, les scientifiques font apparaître plus clairement le lien entre le changement climatique d’origine anthropique et les phénomènes extrêmes observés, tels que les vagues de chaleur, les fortes précipitations et les cyclones tropicaux.

Les phénomènes météorologiques extrêmes ont des incidences socio-économiques de longue durée, surtout au sein des communautés les plus vulnérables, qui sont aussi souvent les moins bien équipées pour réagir, se rétablir et s’adapter.

Plusieurs cyclones tropicaux successifs ont frappé le sud-est de l’Afrique, causant des ravages à Madagascar. L’initiative World Weather Attribution a établi que le changement climatique avait probablement augmenté l’intensité des précipitations qu’ils avaient entraînées. Lorsque l’atmosphère se réchauffe, elle retient davantage d’eau. Ce qui, généralement, intensifie les saisons pluvieuses et les précipitations. Si les émissions de GES se poursuivent et si les températures continuent de s’élever, les épisodes de fortes précipitations deviendront plus fréquents.

Insuffisance des engagements                             

De nouveaux engagements nationaux d’atténuation pour 2030 laissent entrevoir une réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais ils restent insuffisants. Ils devraient être quatre fois plus ambitieux pour remettre l’humanité sur la voie d’une limitation du réchauffement à 2 °C et sept fois plus pour une limitation à 1,5 °C.

Selon les estimations (établies avec une probabilité de 66 %) pour le XXIe siècle, le réchauffement planétaire se situera à 2,8 °C (entre 2,3 °C à 3,3 °C) si l’on s’en tient aux politiques actuelles, ou à 2,5 °C (entre 2,1 °C et 3,0 °C) si l’on respecte les engagements nouveaux ou actualisés. Sans un renforcement des mesures d’atténuation, la réalisation des objectifs de l’Accord de Paris sera définitivement compromise.

Roméo Agonmadami

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