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La riposte mondiale contre le Vih/Sida menacée (rapport ONUSIDA)

L’ONUSIDA a publié un nouveau rapport mondial actualisé sur le Vih/Sida. Dans ce rapport, les statistiques démontrent l’état très alarmant de la riposte contre la maladie.

« La riposte mondiale contre le sida est menacée » : telle est la conclusion importante à tirer du rapport mondial actualisé sur le Vih/Sida, publié par l’ONUSIDA. En effet, les chiffres de ce nouveau rapport de l’organisation sont très alarmants et interpellent la conscience de tous. Au total, 650.000 personnes sont mortes en 2021 du Vih/Sida et 4.000 nouvelles personnes en sont infectées chaque jour.

Selon ce rapport, la concomitance entre le Vih/Sida et la pandémie de Covid-19, au cours des deux dernières années et demie ont accru la menace sur la riposte mondiale au Vih. La raison ? La pandémie du Coronavirus et d’autres instabilités ont eu des répercussions négatives sur les services de santé dans une grande partie du monde. De même, la déscolarisation des millions d’étudiants a accru leur vulnérabilité au Vih.

Dans le même temps, « les pays à revenu faible ou intermédiaire ont été mis au défi de réagir, car 60% des pays les plus pauvres du monde sont en situation de surendettement ou courent le risque de l’être. » Aussi, estime-t-on que 75 à 95 millions de personnes ont basculé dans la pauvreté, une augmentation sans précédent. À cet effet, la riposte au Vih/Sida a subi d’importantes pressions alors que les communautés qui étaient déjà plus exposées au Vih sont désormais encore plus vulnérables.

Néanmoins, le rapport fait savoir que certaines communautés et parties du monde ont fait preuve de résilience quant à la réponse à la pandémie du Sida. Ceci a permis d’éviter les pires conséquences. Cependant, les progrès mondiaux en faveur du Vih sont au rabais. Les dernières données recueillies par l’ONUSIDA montrent que si les nouvelles infections au Vih ont diminué dans le monde l’année dernière, la baisse n’a été que 3.6% par rapport à 2020. En conséquence, de nombreuses régions, pays et communautés doivent faire face à l’augmentation des infections à Vih parallèlement à d’autres crises en cours.

Une augmentation annuelle dans plusieurs États

Ce rapport stipule qu’au cours de cette dernière décennie, l’Europe de l’Est et l’Asie centrale, le Moyen Orient et l’Afrique du Nord ainsi que l’Amérique latine ont tous enregistré une augmentation du nombre annuel des infections à Vih.

Ainsi, l’Amérique latine, qui a connu un succès précoce dans le déploiement du traitement, a perdu son élan, laissant rebondir les épidémies parmi les jeunes homosexuels et d’autres populations clés. Une grande partie de l’Europe de l’Est et de l’Asie centrale ne dispose pas des services de réduction des risques nécessaires pour inverser la courbe des épidémies qui touchent principalement les personnes qui s’injectent des drogues et leurs partenaires sexuels.

En Afrique orientale et australe, la région où la prévalence du Vih est la plus élevée, la riposte au Sida a fait preuve d’une remarquable résilience face à l’adversité, les programmes de traitement et de prévention du Vih s’adaptant aux efforts d’atténuation du Covid-19. Même dans ce cas, les progrès en matière de réduction des nouvelles infections ont considérablement ralenti au lieu de s’accélérer comme il le faudrait pour arrêter la pandémie.

Parallèlement, les données de l’ONUSIDA montrent que les programmes de lutte contre le Vih dans cette région sont confrontés à des vents contraires croissants, car les financements nationaux et internationaux qui ont permis les progrès réalisés jusqu’à présent sont menacés.

Par contre, il y a des points positifs. Notamment la forte baisse du nombre annuel des infections à Vih dans les Caraïbes et en Afrique occidentale et centrale. Cette dernière étant en grande partie due à des améliorations au Nigéria. Ces baisses des infections représentent une accélération des progrès. En chiffres globaux, ces progrès sont toutefois noyés par l’absence de progrès dans d’autres régions. Les infections à Vih ont désormais augmenté depuis 2015 dans 38 pays à l’échelle mondiale.

Un risque d’infection à plus d’un million d’ici 2025

Chaque jour, 4 000 personnes dont 1 100 jeunes (âgés de 15 à 24 ans) sont infectées par le Vih. Si les tendances actuelles se poursuivent, 1,2 million de personnes seront nouvellement infectées par le Vih en 2025, soit trois fois plus que l’objectif de 370 000 nouvelles infections fixé pour 2025. L’impact humain de l’enlisement de la riposte au Vih fait froid dans le dos. En 2021, 650 000 personnes sont mortes du Sida. Néanmoins, avec la disponibilité de médicaments antirétroviraux de pointe et d’outils efficaces pour prévenir, détecter et traiter correctement les infections opportunistes telles que la méningite cryptococcique et la tuberculose, ces décès sont évitables.

Sans une action accélérée pour empêcher les gens d’atteindre un stade avancé de la maladie, les décès liés au Sida resteront une cause majeure de décès dans de nombreux pays. En outre, l’augmentation continue des nouvelles infections par le Vih dans certaines régions pourrait arrêter, voire inverser les progrès réalisés en matière de décès liés au Sida.

Les tendances en matière d’infections au Vih et de décès liés au Sida dépendent de la disponibilité des services de lutte contre la maladie. Ici aussi, les signes sont inquiétants, car l’expansion des services de dépistage et de traitement du Vih stagne. Le nombre de personnes sous traitement contre le Vih n’a augmenté que de 1,47 million en 2021, contre des augmentations nettes de plus de 2 millions de personnes les années précédentes. Il s’agit de la plus faible augmentation depuis 2009. La plus grande augmentation a été enregistrée en Afrique centrale et de l’Ouest, tandis que l’augmentation en Afrique orientale et australe était inférieure à celle des années précédentes.

Par conséquent, la couverture du traitement est la même dans les deux régions. 78 % personnes vivant avec le Vih recevront une thérapie antirétrovirale. Il est à noter que moins de tests de dépistage du Vih ont été effectués en Afrique orientale et australe en 2020 et 2021 qu’en 2019. En 2020 et 2021, le nombre d’hommes ayant subi une circoncision médicale volontaire, un outil clé de prévention du Vih dans les 15 pays à forte prévalence du Vih dans lesquels on recense 43 % des nouvelles infections à Vih chez l’adulte dans le monde, représentait les deux tiers du nombre de circoncis en 2018 et 2019.

Mettre fin au Sida d’ici à 2030

De nouveaux investissements sont nécessaires dès maintenant pour mettre fin au Sida d’ici à 2030. Il sera nettement moins coûteux de tenir les promesses faites lors de l’Assemblée générale des Nations unies (ONU) en 2021 que de sous-investir maintenant et de risquer de nouveaux reculs. Au cours de l’année écoulée, l’indifférence a glissé vers la négligence, et ce manque de solidarité est à la fois moralement répréhensible et dommageable pour tous les pays. « S’il est une leçon que la pandémie de Covid-19 nous a enseignée, c’est que les pandémies ne peuvent être éradiquées nulle part tant qu’elles ne le sont pas partout », rapporte le document.

Mais des inégalités subsistent et constituent à la fois une conséquence et une cause du ralentissement des progrès de la lutte contre le Sida. Selon le rapport, dans près de la moitié des pays pour lesquels des données sont disponibles, les personnes vivant avec le Vih dans les ménages du quintile de richesse le plus pauvre présentaient les plus faibles niveaux de suppression virale du Vih.

Dans certains pays, comme le Cameroun, l’Éthiopie, la République-Unie de Tanzanie et la Zambie, l’écart de suppression virale entre les quintiles les plus riches et les plus pauvres est important. Toutefois, ce n’est pas une fatalité. Dans les pays où les programmes de traitement sont bien financés et se concentrent sur les plus vulnérables comme l’Eswatini, le Lesotho, la Namibie et le Zimbabwe, le quintile le plus pauvre des personnes vivant avec le Vih présente des niveaux plus élevés de suppression virale.

Roméo Agonmadami

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