Polluants chimiques : le Bénin face au défi urgent des plastiques toxiques

L’Organisation Non Gouvernemental (ONG) Jeunes Volontaires pour l’Environnement (JVE Bénin), avec l’appui de la Direction Générale de l’Environnement et du Climat (DGEC) et du ministère en charge du cadre de vie, a organisé un atelier de validation et de diffusion du rapport national de situation sur les phtalates et bisphénols au Bénin.

« Les parabènes, phtalates et le bisphénol A (BPA) sont des substances chimiques omniprésentes dans les produits cosmétiques, les emballages alimentaires et divers produits de consommation courante. Leurs effets sur la santé humaine suscitent une attention croissante, notamment en raison de leur rôle en tant que perturbateurs endocriniens. Ces molécules peuvent interférer avec le système hormonal, affectant ainsi la fertilité, la reproduction et d’autres fonctions physiologiques », peut-on lire sur le site de Eurofins Biomnis (Leader Européen du secteur de la biologie médicale spécialisée). Ces quelques mots illustrent la gravité de la situation.

L’atelier s’inscrit dans le cadre du projet international portant sur la réglementation des plastiques toxiques. Lequel est mis en œuvre sous le mandat du réseau International Pollutant Elimination Network visant à évaluer la présence des phtalates et des bisphénols largement retrouvés dans les matières plastiques, ainsi que les insuffisances du cadre de protection et de réglementation au Bénin. Pour Bossou Bertin, assistant du Directeur général de l’Environnement et du Climat, le rapport élaboré constitue une base essentielle pour renforcer la documentation au niveau national sur les produits chimiques et orienter les futures actions de mise en œuvre des engagements du pays en matière de gestion environnementale.

Il n’a pas manqué de souligner l’importance de cette étape de validation, destinée à améliorer le contenu du rapport afin qu’il reflète au mieux la réalité au Bénin. Présent à l’atelier, Carin Atondé, Directeur exécutif de JVE Bénin, a indiqué que cette rencontre a pour ambition de faire « l’état des lieux de la réglementation nationale et des mécanismes de protection face à ces polluants chimiques ». Elle a également pour objectif d’élaborer une feuille de route opérationnelle destinée à accompagner la diffusion du rapport et à consolider les politiques nationales relatives à la gestion des plastiques toxiques. Carin Atondé a précisé que le document présenté, une fois enrichi par les recommandations des participants, constituera un support de référence pour une diffusion élargie ainsi que pour le plaidoyer en faveur d’un cadre réglementaire renforcé.

L’étude, conduite avec l’accompagnement technique du point focal de la Convention de Stockholm, a permis de dresser un état des lieux national sur ces substances et leurs impacts potentiels sur l’environnement et la santé des populations. Selon les études menées à l’échelle régionale, les produits importés au Bénin, notamment les emballages alimentaires, les jouets et certains dispositifs médicaux, exposent également les populations aux mêmes risques liés au bisphénol A (BPA) et aux phtalates tels que le DEHP, le DBP et le BBP. Ces substances chimiques, couramment utilisées dans la fabrication des plastiques, soulèvent de vives préoccupations en matière de santé publique et de protection environnementale.

Plusieurs couches vulnérables exposées

La situation suscite une inquiétude croissante, d’autant que certaines catégories de la population se révèlent particulièrement exposées à ces substances.

Les enfants figurent parmi les premiers concernés, en raison de l’usage fréquent de jouets, de biberons et de fournitures scolaires fabriqués à partir de plastiques souples. Les femmes enceintes représentent également un groupe sensible, l’exposition pouvant se produire à travers les emballages alimentaires ou certains produits cosmétiques, avec des effets possibles sur la santé reproductive et le développement du fœtus. Les patients hospitalisés demeurent eux aussi vulnérables, notamment à cause de l’utilisation de dispositifs médicaux en PVC souple contenant du DEHP.

À cette liste, s’ajoutent les travailleurs du recyclage informel des déchets plastiques. Exposés quotidiennement lors du tri, de la manipulation ou du brûlage à ciel ouvert, ils restent en contact direct avec des additifs chimiques potentiellement nocifs. Ce qui accentue considérablement les risques pour leur santé.

Des avancées encore limitées au Bénin

À ce jour, le Bénin ne dispose pas encore d’un programme spécifiquement dédié à l’élimination progressive des phtalates et des bisphénols. Les actions menées s’inscrivent plutôt dans le cadre global de la gestion des déchets plastiques et des substances chimiques dangereuses, notamment à travers les engagements pris dans le cadre de la Convention de Stockholm.

Parmi les mesures déjà appliquées, figure l’interdiction des sachets plastiques non biodégradables entrée en vigueur en 2018, une disposition qui participe indirectement à la réduction de l’exposition aux additifs chimiques présents dans certains plastiques. Le pays dispose également d’une expérience notable dans la gestion des polluants organiques persistants, avec l’inventaire et l’élimination de plus de 600 tonnes de pesticides, démontrant sa capacité à traiter des substances présentant un risque élevé pour la santé publique et l’environnement.

Malgré ces acquis, plusieurs obstacles continuent de ralentir l’action publique. L’absence de données locales fiables sur la présence de ces composés dans les produits de consommation reste l’un des principaux freins. À cela, s’ajoutent des capacités analytiques encore insuffisantes, marquées par le manque de laboratoires capables de détecter précisément ces substances. Le cadre réglementaire demeure également partiel, sans normes claires sur les seuils de migration, les limites de concentration ou l’étiquetage obligatoire. Enfin, la faible sensibilisation du public et la dépendance persistante aux plastiques importés à faible coût compliquent la transition vers des alternatives plus sûres.

Les pistes envisagées pour renforcer la réglementation

Face à ces insuffisances, plusieurs recommandations émergent pour structurer une réponse nationale plus cohérente. À court terme, les experts préconisent l’interdiction du bisphénol A dans les biberons et les articles de puériculture, ainsi que l’instauration d’une limite maximale de 0,1 % pour certains phtalates comme le DEHP, le DBP, le BBP et le DIBP dans les jouets. La mise en place d’un inventaire national des produits importés contenant ces additifs figure également parmi les priorités identifiées.

À moyen et long terme, il est recommandé de renforcer les capacités des laboratoires nationaux, de lancer des campagnes de sensibilisation ciblées auprès des populations les plus exposées et de développer des partenariats régionaux pour le partage de données. L’intégration explicite des phtalates et des bisphénols dans la loi n°2022-36 relative aux produits chimiques pourrait, à terme, permettre l’instauration d’un système national de traçabilité et d’étiquetage obligatoire des produits contenant ces substances.

Au-delà du constat, l’atelier marque une étape décisive dans la prise de conscience nationale autour des polluants chimiques susmentionnés. Pour le Bénin, l’enjeu dépasse désormais la simple réglementation. Il s’agit de protéger durablement la santé des populations et de poser les bases d’une gouvernance environnementale plus rigoureuse face à une menace encore largement invisible.

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