SNAN 2026-2030 : « les acteurs non étatiques proposent une feuille de route pour une mise en œuvre plus inclusive

L’Alliance de la Société Civile pour l’Intensification de la Nutrition au Bénin (ASCINB), en collaboration avec l’Agence Nationale de l’Alimentation et de la Nutrition (ANAN), a organisé le jeudi 15 octobre 2026, à l’hôtel Casa Cielo de Cotonou, un dialogue politique multi-acteurs consacré à la contribution des acteurs non étatiques à la mise en œuvre de la Stratégie nationale d’alimentation et de nutrition (SNAN) 2026-2030, sous le thème « Des évidences aux engagements ».

Tenue dans le contexte de la Journée internationale des femmes rurales et à la veille de la Journée mondiale de l’alimentation célébrée ce jour, la rencontre a réuni trente-trois représentants des institutions publiques, des ministères sectoriels, des collectivités territoriales, des organisations de la société civile, du secteur privé et des partenaires techniques et financiers.

S’approprier la SNAN et aligner les priorités des acteurs non étatiques

La rencontre poursuivait deux objectifs principaux : favoriser l’appropriation de la SNAN 2026-2030 par les acteurs non étatiques et analyser l’alignement de leurs priorités stratégiques avec celles de la stratégie nationale sur le même quinquennat. Adoptée le 11 mars 2026, la SNAN mobilise 508 milliards de francs CFA autour de quatre programmes : l’appui institutionnel, la femme enceinte et la petite enfance, l’alimentation scolaire, et la lutte contre la malnutrition et l’insécurité alimentaire des groupes vulnérables.

À l’ouverture des travaux, le Président de l’ASCINB, Dr Ir. Aurélien Comlan Atidegla, a souligné que « l’adoption de la SNAN 2026-2030 marque une étape importante pour notre pays. Toutefois, le véritable défi réside désormais dans sa mise en œuvre effective ». Rappelant que les organisations de la société civile, le secteur privé, les collectivités territoriales, les chercheurs, les médias et les organisations de femmes et de jeunes disposent d’expériences et de ressources essentielles, il a ajouté : «Notre responsabilité collective est de transformer ces contributions en actions coordonnées, complémentaires et redevables.»

Le Président a ensuite présenté le Plan stratégique 2026-2030 de l’ASCINB et son articulation avec la SNAN et avec la stratégie régionale des alliances de la société civile SUN d’Afrique de l’Ouest, du Centre et des Îles (AOCI). Doté d’une enveloppe de 2 milliards de francs CFA, ce plan s’organise en cinq axes stratégiques et 48 actions, chaque axe répondant aux programmes de la SNAN. D’ici 2030, l’Alliance vise notamment une contribution documentée à au moins quinze axes de la SNAN, quatre communautés de pratique actives (une par programme) et au moins quarante communes disposant d’une ligne budgétaire nutrition effectivement exécutée.

Rééquilibrer la place de la société civile dans la stratégie nationale

L’analyse présentée a mis en évidence une asymétrie dans la manière dont la SNAN traite les deux grandes catégories d’acteurs non étatiques. Le secteur privé y dispose d’un axe stratégique dédié (axe 1.2.10), d’une plateforme de référence, le SUN Business Network (SBN), et d’une ligne budgétaire de 2,69 milliards de francs CFA. L’engagement des organisations de la société civile y reste plus générique : pas d’axe dédié, une action spécifique (action 9.8) dotée de 0,43 milliard de francs CFA et un rôle encore peu explicite dans le dispositif de suivi-évaluation. Les participants ont souligné la complémentarité des deux acteurs : le secteur privé garantit l’offre d’aliments nutritifs, la société civile porte l’équité, la voix des communautés et la redevabilité.

Les échanges ont également mis en lumière les contraintes des micro, petites et moyennes entreprises (MPME) agroalimentaires, portées par le SBN Bénin : une fiscalité peu adaptée aux réalités des microentreprises, un accès limité aux équipements de transformation et des difficultés à participer à la commande publique. Ces contraintes freinent la valorisation des productions locales et le développement d’une offre alimentaire saine, nutritive et accessible.

Cinq priorités pour la feuille de route des acteurs non étatiques

Au terme des échanges en plénière et des travaux de groupes, les recommandations ont été structurées autour de cinq priorités :

  • Une gouvernance plus inclusive : formaliser la relation entre l’ANAN et l’ASCINB par un protocole d’accord avant la fin de l’année 2026, et assurer la place des organisations de la société civile au Conseil d’orientation de la SNAN, dans les plateformes multisectorielles et dans les revues de performance.
  • Une redevabilité citoyenne inscrite dans le dispositif de suivi : associer les OSC aux revues conjointes, institutionnaliser un rapport alternatif annuel et envisager, lors de la revue à mi-parcours de 2028, un axe « société civile et redevabilité citoyenne » doté d’indicateurs et d’un budget.
  • Un financement transparent et suivi : faciliter l’accès aux données sur les allocations et les dépenses exécutées, et renforcer le suivi budgétaire citoyen, en priorité sur le programme d’alimentation scolaire, qui représente 52 % du coût de la SNAN, et sur le programme consacré à la femme enceinte et à la petite enfance.
  • Un ancrage territorial effectif : intégrer l’alimentation et la nutrition dans les plans de développement communal, les plans annuels d’investissement et les budgets locaux, avec des mécanismes de financement adaptés.
  • Un secteur agroalimentaire local compétitif et responsable : approfondir le dialogue sur la fiscalité des MPME, améliorer leur accès aux équipements et aux marchés institutionnels, promouvoir l’approvisionnement local des cantines scolaires et bâtir un pont entre l’ASCINB et le secteur privé agroalimentaire d’une manière générale pour le suivi des engagements des entreprises et le développement de partenariats de responsabilité sociétale.

Les participants ont également insisté sur la valorisation des données issues du terrain et sur la prise en compte effective des femmes, en particulier des femmes rurales, des jeunes et des groupes vulnérables dans les interventions nutritionnelles.

De la feuille de route à l’action

Ces recommandations alimentent la feuille de route des acteurs non étatiques pour la mise en œuvre de la SNAN 2026-2030, qui sera soumise à la validation des acteurs responsables. L’ASCINB en assurera la capitalisation, le partage avec les institutions concernées et le suivi, en lien avec l’ANAN, les ministères sectoriels, les collectivités territoriales, le SBN Bénin et les partenaires. La prochaine étape consiste à traduire ces engagements en actions concrètes, assorties de responsabilités identifiées, de ressources mobilisées et de mécanismes de suivi.

L’ASCINB remercie ses partenaires, notamment le Gouvernement du Bénin à travers l’ANAN et les ministères sectoriels, CARE International Bénin Togo, GAIN, le PAM, GFA Consulting et la Coopération suisse, l’UNICEF ainsi que le Secrétariat global de la société civile engagée dans le Mouvement SUN.

La nutrition ne peut reposer sur un seul acteur : elle exige une action publique cohérente, une participation citoyenne effective et une contribution responsable de l’ensemble des parties prenantes.

Communiqué de presse

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