46e journée mondiale de l’alimentation 2026 : à Covè, l’innovation prônée pour nourrir demain

Le vendredi 16 octobre 2026, le Stade omnisports de Covè a accueilli la 46e Journée mondiale de l’alimentation, couplée au lancement de la 30e édition du Téléfood et la célébration de l’Année internationale de la femme agricultrice. Sous le haut parrainage du ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, élus locaux, partenaires onusiens et producteurs ont placé l’innovation et les femmes rurales au centre de la lutte contre la famine.

Quand on donne à une nation les moyens de nourrir ses enfants, on assure son avenir. C’est le message porté par cette journée, placée sous le thème « Innover aujourd’hui pour nourrir demain ». Pour une production, une transformation et une consommation durables, chaque geste et chaque innovation comptent, afin de garantir à chacun une alimentation suffisante, saine et nutritive. Devant une foule mobilisée, les autorités ont rappelé que la sécurité alimentaire se construit dans les champs, les cuisines et les marchés. Auguste Aïhuhin, maire de Covè a rappelé qu’ « il faut produire avant de nourrir ». Il a ensuite soumis aux ministres les préoccupations de ses populations : l’extension du périmètre rizicole de Koussin-Lele, la réhabilitation du périmètre irrigué de Laïnta-Cogbé, l’aménagement d’un espace de traitement, de conditionnement et de commercialisation des produits maraîchers, la réalisation d’un virage aquacole pour développer la pisciculture, la réalisation d’une aire de pâturage et de parcage pour les animaux en transhumance, afin de « mettre fin définitivement au conflit entre agriculteurs et éleveurs », a-t-il affirmé. L’innovation ne peut se faire sans l’implication des territoires.

Laurent Dhossou Zomaï, préfet du Zou a ensuite défini l’innovation comme l’introduction de « technologies, méthodes ou modes d’organisation nouveaux ou mieux adaptés ». A l’en croire, en matière d’agriculture et d’alimentation, cette innovation couvre « les semences améliorées, l’agriculture intelligente face au climat, la maîtrise totale de l’eau, le numérique, la mécanisation, la transformation, le stockage et la conservation des produits ». Il ajoute : « innover aujourd’hui pour nourrir, c’est-à-dire répondre immédiatement par des réponses adaptées aux défis actuels pour assurer à tous une alimentation suffisante, saine, nutritive et accessible. » Il a donné les prévisions de la campagne agricole 2026-2027 pour le département : 134 318 tonnes de céréales, dont 87 427 déjà obtenues ; 475 718 tonnes de racines et tubercules, dont 345 340 déjà obtenues ; 113 778 tonnes de légumineuses, dont 43 557 déjà obtenues ; 37 592 tonnes de produits maraîchers, dont 25 695 déjà obtenues. Mais « la sécurité alimentaire et nutritionnelle ne se décrète pas dans les discours », a-t-il prévenu. Elle commence par « le geste du producteur qui adopte une semence améliorée, de la transformatrice qui conserve mieux ses produits, de la mère qui veille à l’équilibre de l’assiette de ses enfants », a-t-il soutenu.

Adin Yéton Bloukounon Goubalan, ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche a cité l’exemple de l’Inde, dont l’essor, selon lui, tient à l’innovation. Il a surtout lancé un avertissement : « l’innovation démarre d’abord par un problème. (…) Mais si cette innovation ne règle pas vraiment les problèmes de nos communautés, ça devient un ajustement à la marge. ». Il a interpellé chercheurs, jeunes et startups sur les facteurs de production : l’eau, les semences à haut rendement, les biofertilisants et le conseil agricole. Il a annoncé un système d’e-conseil assisté par l’intelligence artificielle, qui doit permettre au producteur de questionner le système en langue locale sur les difficultés de son champ. A l’endroit du maire, il a assuré que des programmes d’investissement existent pour chaque spéculation prioritaire. Il a évoqué le renforcement des aménagements rizicoles, des comités installés pour gérer le conflit agriculteurs-éleveurs et l’usage de l’intelligence artificielle pour identifier le cheptel et son détenteur. Il a également mentionné la révision du dispositif de reprofilage des pistes rurales.

Les agricultrices au centre du combat

Prenant la parole Aminatou Sar, coordonnatrice du système des Nations Unies au Bénin, a commencé son propos par une formule du directeur général de la FAO : « La faim n’est pas une fatalité. » Elle a rappelé qu’en 2025, 645 millions de personnes souffraient encore de la faim dans le monde, et que près d’une personne sur trois ne pouvait s’alimenter sainement. Elle a surtout mis en lumière les inégalités subies par les femmes. Elles représentent environ 41 % de la main-d’œuvre des systèmes agroalimentaires dans le monde, mais accèdent moins à la terre, au crédit et à la formation. Au Bénin, seulement 10,4 % des agricultrices disposent d’un accès direct et sécurisé à la propriété foncière, et le revenu moyen des exploitations dirigées par des femmes est inférieur de moitié à celui des exploitations dirigées par des hommes. « Pour le système des Nations Unies, ce n’est pas un exercice de communication », a-t-elle martelé, annonçant des engagements du Fonds international de développement agricole (FIDA), du Programme alimentaire mondial (PAM), du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) et de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Le ministre a repris ce plaidoyer, soulignant que la proportion de femmes dépasse celle des hommes parmi les agriculteurs comme parmi les transformateurs. Rendant hommage à sa mère et à sa grand-mère, il a affirmé : « investir dans une femme, c’est investir dans une famille, c’est investir dans une génération. » Dans le cadre de la vision « Bénin vers 2033 », l’autonomisation des femmes rurales est selon lui « une priorité absolue ». Le gouvernement prévoit de renforcer leur protection sociale par l’assurance agricole, l’assurance maladie et des mécanismes de retraite adaptés. Au cours de l’activité, l’Alliance de la Société Civile pour l’Intensification de la Nutrition au Bénin (ASCINB), le Centre africain pour le développement équitable (ACED), la Global Alliance for Improved Nutrition (GAIN), le Fonds international de développement agricole (FIDA) et le Programme alimentaire mondial (PAM), ont à travers leur représentant respectif donné leur engagement en faveur de la bonne alimentation et du développement agricole.

La générosité des participants a enfin été sollicitée pour le Téléfood, dont les fonds financent des micro-projets en faveur des groupes vulnérables. Le ministre a annoncé le lancement d’une phase numérique, pour que la diaspora puisse contribuer. Au programme figuraient aussi la remise de prix aux lauréats du concours de réalisation de posters, la remise de matériels aux coopératives et la visite des stands. L’enjeu est désormais de transformer les engagements en actes, de faire en sorte que l’innovation quitte les discours pour atteindre les champs, les cuisines et les marchés, et que chaque agricultrice, chaque producteur et chaque territoire en récolte les fruits.

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