Géopolitique sanitaire : l’Afrique face aux nouveaux défis mondiaux

Le Réseau des médias africains pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN) a réuni plusieurs experts et journalistes membres du réseau lors d’un webinaire consacré aux conséquences de la nouvelle géopolitique sanitaire mondiale sur l’Afrique.

Stéphanie Tchiombiano et Ida Rose Ndione

« Nouvelle géopolitique sanitaire mondiale : Quels enjeux pour l’Afrique ? », c’est autour de ce thème que s’est déroulé ledit webinaire. Cette rencontre virtuelle a réuni notamment Stéphanie Tchiombiano, maîtresse de conférences associée au département de science politique de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ainsi que Ida Rose Ndione, directrice régionale des programmes d’Amref Health Africa pour l’Afrique de l’Ouest, pour des discussions autour du thème choisi.

Pour le président du Remapsen, Bamba Youssouf, cette rencontre autour du thème choisi est motivée par la volonté du conseil d’administration du réseau, de faire prendre conscience aux journalistes africains que les questions de santé ne doivent pas seulement se limiter au volet médical. « Ce traitement doit aussi s’intéresser aux autres aspects notamment l’environnement, la politique sanitaire, la gouvernance, l’économie, bien-sûr d’autres enjeux géostratégique », a affirmé le président du Remapsen. Sur le thème qui a fait objet du webinaire, le constat est sans appel : le recul du multilatéralisme inquiète les spécialistes.

Selon Stéphanie Tchiombiano, maîtresse de conférences associée au département de science politique de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, les orientations prises par les États-Unis depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche ont profondément modifié les équilibres de la gouvernance sanitaire internationale. La réduction du soutien financier américain à plusieurs institutions, dont l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Fonds mondial et Gavi, fragilise selon elle les mécanismes de coopération internationale. En effet, pour le président du pays de l’oncle Sam, seuls les ONG et centres de recherche de droit américain sont habilités à enclencher les recherches et c’est avec eux que l’OMS et les autres organismes devraient partager tous les résultats de leurs recherches. Il écarte donc le rapprochement avec la Chine.

Stéphanie Tchiombiano estime que ces nouvelles politiques ont des conséquences directes sur les pays les plus vulnérables, notamment en matière de prévention et de gestion des crises sanitaires. Face à cette situation, plusieurs pays africains cherchent désormais à renforcer leur autonomie et réclament un accès équitable aux résultats de la recherche ainsi qu’aux traitements médicaux. La spécialiste a par ailleurs salué la directive de la CEDEAO invitant ses États membres à consacrer au moins 15 % de leur budget national à la santé, même si peu de pays de la sous-région appliquent effectivement cette recommandation.

L’Afrique appelée à renforcer sa souveraineté sanitaire

Pour sa part, Ida Rose Ndione a rappelé que plus de la moitié des dépenses de santé en Afrique sont supportées directement par les ménages. Les partenaires internationaux contribuent à hauteur d’environ 24 %, tandis que les pouvoirs publics assurent près de 21 % des financements. Par ailleurs, les attentes des populations demeurent élevées, notamment en ce qui concerne la qualité de l’accueil et de la prise en charge. Les soins de santé primaires représentant le premier niveau de contact entre la majorité des citoyens et le système de santé, leur amélioration apparaît comme un enjeu majeur.

La responsable d’Amref Health Africa a plaidé pour la mise en place d’une couverture sanitaire universelle et pour une mutualisation des achats de médicaments entre les pays africains. Une telle approche permettrait de renforcer le pouvoir de négociation du continent et d’améliorer l’accès aux traitements essentiels. Les participants ont également souligné que la dépendance aux financements extérieurs demeure une réalité, notamment dans le domaine vaccinal. La situation actuelle en République démocratique du Congo, confrontée à une nouvelle épidémie d’Ebola, illustre cette vulnérabilité.

Il apparaît donc nécessaire de mettre en place des systèmes de santé plus résilients, moins tributaires des financements extérieurs et mieux adaptés aux réalités et aux besoins propres à chaque pays. Au terme des échanges, le président du Remapsen, Bamba Youssouf, a annoncé l’organisation d’un Forum des médias prévu en octobre 2026 au Ghana, sur les questions de mortalité au niveau des enfants. Cette rencontre ambitionne de renforcer la participation des médias africains aux débats internationaux sur les questions de santé et d’environnement.

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