Accueil A la une Ginette Mondongou Camara : « l’action de l’homme est en train d’impacter le devenir de la planète »

Ginette Mondongou Camara : « l’action de l’homme est en train d’impacter le devenir de la planète »

Economiste principale au Bureau du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) au Bénin, Ginette Mondongou Camara revient dans cette interview sur les leçons à tirer, à mi-parcours, des échanges initiés depuis le 23 février par l’institution onusienne sur les conclusions de l’édition 2020 du rapport sur le développement humain (RDH 2020).

Miodjou : Le PNUD a lancé en décembre 2020 son vingtième Rapport sur le développement humain. Que nous apprend ce document ?

Ginette Mondongou Camara : Le Rapport sur le développement humain 2020 est intitulé  « La prochaine frontière : Le développement humain et l’Anthropocène». Il y est question de ce que, selon les scientifiques, nous entrons dans une nouvelle ère géologique, l’anthropocène. L’action de l’homme est en train d’impacter le devenir de la planète. Malheureusement, cet impact est négatif mais l’homme a aussi le pouvoir d’inverser la tendance en changeant son comportement pour que son impact devienne positif.

Que peut-on retenir des trois grandes parties du rapport ?

La première fait le constat des bouleversements que notre planète subit, parallèlement aux bouleversements que nos peuples subissent. On voit qu’il y a une interaction entre les bouleversements de la planète et les bouleversements au niveau des inégalités mêmes. Un exemple : quand il y a des inondations, c’est dans les pays les plus pauvres que l’impact négatif va se ressentir à long terme, parce qu’ils n’ont pas les moyens de soutenir ceux qui les subissent ou de mettre en place des infrastructures pour bloquer ces inondations. Ces pays deviennent encore plus pauvres alors que les pays plus riches, qui ont les moyens de se relever, se relèveront rapidement. Il y a une interaction où les bouleversements planétaires se mélangent aux bouleversements sociaux et augmentent les inégalités.

La pandémie de la Covid-19 a montré que le monde est interconnecté, que nous sommes tous dans le même bateau et que nous devons avancer ensemble de la meilleure manière. La deuxième partie du rapport indique comment nous pouvons corriger cela. Nos normes doivent changer, on doit changer de comportement. Il faut qu’on nous y pousse, parce que l’homme a tendance à résister au changement. Il nous faut des incitations pour changer de comportement. Il peut s’agir d’incitations financières, sous forme de prix en augmentant le prix du carburant et en subventionnant l’énergie solaire. On peut aussi utiliser les solutions basées sur la nature. La troisième partie du rapport demande de faire très attention dorénavant dans nos comportements, dans nos politiques. Il y a un nouvel indice de développement humain qui a été calculé. L’indice de développement humain classique on le sait, mesure le développement sur le minimum que l’homme doit avoir : la santé, l’éducation, un revenu qui permette un certain niveau de vie.

En dehors de cet indice classique que nous utilisons tous, le rapport met en place d’autres indices pour mesurer nos évolutions et il a été rajouté, cette-fois-ci, un indice de développement humain basé sur la planète. Cet indice fait savoir que si nous nous développons en détruisant la planète, nous en subirons le contre-choc, puisque les changements climatiques vont nous impacter en retour négativement. A un moment ou à un autre, il y a le retour de bâton. S’il y a inondation par exemple, tout ce qu’on a construit est détruit et on revient en arrière. Il faut donc prendre absolument en compte l’aspect de la protection de la planète dans le processus du développement humain.

Depuis le 23 février, le PNUD réunit différents acteurs autour de ce rapport. Qu’est-ce qui a été dit jusque-là ?

Le secteur privé s’est par exemple intéressé au coût du financement  du changement de comportement, à ce qu’on offre en échange, parce que ça coûte de basculer de l’usage d’une énergie à une autre. Il y a des questions de coût, de facilité et de fiabilité. Effectivement, les États doivent accompagner les incitations, il y a les banques centrales, il y a des solutions qui existent pour fixer des taux d’intérêt favorables pour certains investissements verts. La société civile s’est, elle, inquiétée de nos comportements qui ne changent pas. Elle s’est demandé comment mieux protéger et moins détruire. A Porto-Novo par exemple, on a des zones humides qui se détruisent. On ne les protège pas, et on perd en biodiversité, en revenu potentiel et on va produire ailleurs, à plus grand coût pour la planète.

Pourquoi ne pas protéger tout simplement ces zones humides ? La société civile s’est aussi intéressée à la question de l’usage des sachets plastiques.  Les chercheurs ont demandé le rôle qui est le leur et comment ils peuvent accompagner ce processus important pour l’humanité. Ils ont reconnu avoir réalisé beaucoup d’études qui sont dans les universités, dans les bibliothèques et qui prennent de la poussière. Il y a des recherches qui existent et qui peuvent être utilisées par les autorités, par les praticiens, pour mieux améliorer nos comportements, nos valeurs, mais il faut les utiliser. Cela pose le problème d’une plateforme pour l’utilisation des recherches qui sont faites au Bénin pour améliorer le devenir des Béninois. Dans tous les cas, je retiens qu’il est important de faire cette dissémination-là, parce que c’est un thème important pour nous tous. On subit des inondations, la sécheresse, la chaleur, etc., et on doit tous s’y mettre pour avancer.

Que vise le PNUD, à terme, à travers cette initiative ?

Ce que nous envisageons, en concertation avec les différentes parties prenantes sur la base des questions des participants et des problématiques qui en sont ressorties, c’est de faire un récapitulatif de toutes les préoccupations appliquées au cas Béninois et qu’à partir de là, on puisse proposer un plan d’actions, hiérarchiser les problèmes et les solutions que les participants considèrent les plus potentiellement valables pour le Bénin, les mettre à la disposition de toutes les parties prenantes, puisque nous sommes tous concernés, et voir comment chacun peut intégrer cela dans la mise en œuvre de ses propres actions de développement ou des actions de la vie de tous les jours, qu’il s’agisse des praticiens, de l’administration, des partenaires techniques et financiers, etc.

Réalisé par : Flore Nobimè

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