Accueil A la une SSR : « les préjugés sur les méthodes contraceptives sont faux et non fondés » 

SSR : « les préjugés sur les méthodes contraceptives sont faux et non fondés » 

Destinée à contrôler les naissances ou à éviter les grossesses non désirées, l’utilisation des méthodes contraceptives est souvent sujette à diverses interprétations liées à des mythes ou à des préjugés. Lesquels dissuadent la plupart des femmes à adopter ces méthodes pour jouir d’une bonne santé sexuelle et reproductive (SSR).

« Les pilules font développer des kystes et des myomes. Le DIU détruit les voies utérines de la femme et bloque la conception plus tard. Le DIU peut se déplacer et disparaître dans le corps de la femme ou peut être à l’origine du cancer du col de l’utérus. Le DIU fait grossir excessivement la femme ou la fait maigrir. La contraception peut causer l’absence de menstruations lorsqu’on place l’implant hormonal dans le bras ou sous la peau. Les hormones sont sources de cancer, etc. », cite à n’en point finir Orphélia, une Béninoise de 31 ans. Autant de préjugés dont elle se remémore avoir entendu parler au sujet des méthodes contraceptives, avant d’avoir adopté le DIU.

Comme elle, la plupart des femmes affrontent fréquemment ces interprétations lorsqu’elles se décident à choisir une méthode contraceptive, afin d’éviter les grossesses non désirées ou pour contrôler les naissances. En effet, au Bénin, la prévalence contraceptive moderne est de 12,4% contre 33% de besoins non satisfaits en la matière. Cependant, le pays dispose d’une stratégie nationale de repositionnement de la planification familiale, d’un plan national d’action budgétisé pour le repositionnement de la planification familiale et d’une loi relative à la santé sexuelle et reproductive. Un dispositif administratif et législatif auquel s’ajoute un financement de 200 millions de francs Cfa de l’Etat au titre de l’année 2022 pour promouvoir une fécondité responsable.

Ces efforts politiques n’ont pas pour autant eu d’impact en faveur de l’augmentation du taux de prévalence de l’adoption des méthodes contraceptives. Au Bénin, celles qui sont les plus couramment utilisées concernent les contraceptifs oraux tels que les pilules, les injectables, les implants à l’instar de Jadel ou de norplant et les dispositifs intra utérins à savoir le stérilet. Elles protègent leurs utilisateurs exclusivement contre les grossesses non désirées. En plus de cela, le préservatif favorise également la protection du sujet par rapport aux infections sexuellement transmissibles, dont le vih/sida en l’occurrence. « En effet, le préservatif est également un moyen contraceptif, totalement fiable quand les conditions de son utilisation sont bien respectées », rassure Mathias Adjibodé, médecin gynécologue obstétricien.

« Le risque zéro n’existe pas »

D’autres types de mythes et préjugés sont souvent répandues sur les méthodes contraceptives. Rachidath Akougbé, Consultante en santé et droits sexuels et reproductifs (SDSR) rapporte qu’ « il se dit des méthodes contraceptives qu’elles sont susceptibles de rendre infécondes ou stériles les femmes qui les utilisent, surtout quand elles sont encore jeunes. Ensuite, ces méthodes dérèglent le cycle menstruel de la femme et la rend malade. La plupart des jeunes filles et femmes qui font recours aux services de planning familial sont considérées comme des prostituées, des femmes qui n’ont pas envie de rester fidèles à leurs partenaires ou des personnes qui sont dans le vice du multi-partenariat sexuel. »

Est-ce vrai ou faux ? « Ces préjugés sont faux et n’ont souvent aucun fondement, rétorque l’experte. Les personnes qui l’affirment n’ont pas forcément un usage propre des méthodes contraceptives. Elles racontent souvent l’expérience d’autres personnes ayant choisi des méthodes et rencontré quelques conséquences ou effets secondaires pour en faire une généralité. Parfois, certaines femmes choisissent elles-mêmes une méthode sans consultation gynécologique. De la même façon, les conséquences ne se font pas attendre. Le risque zéro n’existe pas mais consulter un spécialiste protège. Car, celui-ci analyse votre corps par rapport à votre fonctionnement hormonal ou à votre cycle pour vous conseiller la méthode qu’il faut. »

Pour le gynécologue, plusieurs couples s’opposent à l’adoption d’une méthode contraceptive à cause des informations non fondées. Pour la plupart, les arguments soutenant leur position par rapport à la contraception ne sont basés sur aucun raisonnement scientifique. « Quand le choix de la méthode contraceptive est opéré avec l’appui d’un agent de santé qualifié, habituellement, il y a très peu de conséquences négatives sur la santé de la femme. Les effets indésirables peuvent toutefois apparaître chez certaines personnes nécessitant une prise en charge allant jusqu’au changement de la méthode contraceptive. On peut citer les saignements anormaux, des maux de tête, la prise de poids etc. », renchérit-il.

Précautions à prendre pour le choix d’une méthode contraceptive

Mais le choix d’une méthode contraceptive passe par l’étude des antécédents médicaux de la femme et un examen médical afin de l’aider à opérer le choix qui lui correspond. Mariée, Orphélia a finalement eu recours à la méthode DIU après les longues explications de son gynécologue. C’était suite à la naissance de son garçon, trois ans après l’accouchement de sa fille aînée. Avec son mari, ils ont décidé d’opter pour une méthode contraceptive parce qu’ils ne souhaitent plus avoir d’enfant. « J’ai le DIU depuis 6 ans maintenant. Je n’avais plus à compter les jours ou à m’inquiéter en cas de manquements liés aux menstruations. Le dispositif n’a pas d’effets secondaires sur ma santé et je n’ai pas l’impression d’avoir quoi que ce soit en moi. Depuis 6 ans, je vais juste me faire contrôler une fois par an et parfois chaque deux ans », se veut-elle rassurante.

A 33 ans, Christine Flora a consulté son gynécologue avant d’adopter la méthode de la pilule. Avoir entendu dire que les méthodes contraceptives « favorisent les avortements, détruisent l’organisme et créent des complications sur l’organisme de la femme et des AVC » ne l’a pas pour autant dissuadé. C’est après l’accouchement de sa fille il y a trois ans, qu’elle a adopté cette méthode afin d’espacer les naissances et de vivre librement sa sexualité avec son époux.

Pour sa part Béatrice a accouché de son fils il y a exactement un an. Pour avoir choisi la méthode de l’injection depuis ses vingt ans afin de vivre pleinement sa sexualité, elle ne pensait pas pouvoir procréer aussi aisément. « Enfants, on nous disait que les méthodes contraceptives étaient sources d’infertilité. Une fois qu’on les faisait, il était difficile d’avoir des enfants après. J’avais adopté la méthode de l’injection. Je le faisais chaque 6 mois et j’utilisais aussi le condom pour ne pas contracter des maladies sexuellement transmissibles. Mon cycle est régulier et je n’avais aucun effet secondaire », témoigne-t-elle. Lorsqu’elle s’est sentie prête pour construire une vie de foyer, Béatrice a arrêté les injections et a pu donner naissance à son premier enfant. Elle espère en faire d’autres.

Promouvoir les méthodes de planification familiale

Au Bénin, les mythes et les préjugés demeurent des obstacles à la pratique contraceptive des femmes. Cela engendre des craintes pour la vie de mère qu’elles souhaitent plus tard adopter. Il se pose également le problème de l’accessibilité des femmes aux méthodes contraceptives. L’Association béninoise pour la promotion de la famille (ABPF) et des Organisations non-gouvernementales spécialisées mènent des actions pour déconstruire ces mythes et faciliter l’accès aux méthodes contraceptives à un grand nombre de femmes. Présente dans tous les départements du Bénin à travers ses coordinations régionales, l’ABPF promeut le respect des droits des femmes, des hommes, des jeunes et autres personnes vulnérables, à effectuer des choix libres et informés en ce qui concerne leur santé sexuelle et reproductive.

« L’offre de soins en matière de planification familiale est disponible partout dans notre pays et financièrement accessible. Son adoption par la population est le grand défi à relever et cela passe par une sensibilisation accrue sur l’innocuité des produits contraceptifs. Les pouvoirs publics et les acteurs de la santé ont un grand rôle à jouer dans ce sens », préconise le gynécologue Mathias Adjibodé. Entre scepticisme et volonté, de plus en plus de femmes au foyer adoptent tout de même les méthodes contraceptives pour limiter les naissances. Malgré cela, certaines femmes, par méconnaissance des exigences liées à l’utilisation des méthodes contraceptives à l’instar de la prise journalière de la pilule par exemple, tombent néanmoins enceintes. Même si ces cas ne sont pas forcément légions, la tendance d’adoption des méthodes contraceptives est à la hausse dans le rang de la jeune génération qui, très tôt, veut adopter une méthode contraceptive afin notamment d’éviter des grossesses non désirées.

Avec plus de 1,3 milliard d’habitants, l’Afrique est le deuxième continent le plus peuplé du monde après l’Asie. Elle est également le continent le plus jeune du monde avec une moyenne d’âge de 19 ans. Dans ce sens, il convient donc d’œuvrer à maîtriser les naissances pour favoriser un développement socioéconomique plus équilibré.

Michaël Tchokpodo

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