Accueil A la une Foumilayo Assanvi : « Ecoblog veut être le réflexe du citoyen lorsqu’il a envie de s’exprimer sur une question environnementale »

Foumilayo Assanvi : « Ecoblog veut être le réflexe du citoyen lorsqu’il a envie de s’exprimer sur une question environnementale »

Ecoblog est un projet innovant à visée environnementaliste autour duquel, est réuni une équipe de six jeunes engagés qui travaillent résolument à sa réussite. Lancée le 5 août 2023 à Epitech Bénin à Cotonou, cette plateforme d’écocitoyenneté se veut un espace numérique d’expression des problématiques environnementales. Son objectif, faciliter l’implication des citoyens dans les prises de décision en lien avec des questions environnementales grâce notamment à des jets d’alertes couplés de solutions innovantes sur des questions écologiques majeures. Foumilayo Assanvi est l’initiateur du projet Ecoblog civic tech verte. Juriste spécialisé en droit de l’environnement, il est passionné de l’environnement. Il nous parle, dans cette interview exclusive accordée à Miodjou, d’Ecoblog, un projet qu’il chérit et nourrit depuis plus d’un an.

Propos recueillis par : Ignace Tossou

Miodjou : Ecoblog, civic tech verte, que comprendre par ces expressions ?

Foumilayo Assanvi : Ecoblog, c’est une civic tech verte, une plateforme qui est essentiellement animée par des citoyens et qui est destinée à remonter les problématiques et des solutions aux problématiques environnementales aux décideurs. Ecoblog, c’est une plateforme citoyenne qui va utiliser le numérique et où les citoyens vont partager des contenus digitaux numériques. Il y sera retrouvé essentiellement des articles de blog, des podcasts et des vidéos qui sont des contenus libres, censés permettre aux décideurs de pouvoir mieux appréhender les problématiques environnementales qui touchent les villes et les communes béninoises.

L’objectif d’Ecoblog, c’est d’abord d’être ce pont entre le citoyen et le décideur, de permettre à ce que les citoyens et les décideurs puissent discuter. Permettre ensuite à ce que les citoyens puissent être impliqués sur les questions environnementales, participer au processus de prise de décision sur les questions environnementales afin que ceux-ci deviennent de véritables acteurs de changement. Civic tech, c’est une solution qui met en relation citoyens et décideurs afin d’accroître leur participation au processus de décision publique. Verte parce que ça concerne l’environnement, et pour l’instant, c’est le seul sujet sur lequel Ecoblog travaille.

Comment est-ce que les citoyens interagissent sur la plateforme Ecoblog ?

L’interaction sur la plateforme est totalement simple et ouverte à toute personne, pourvu que l’intéressé ait à sa disposition un appareil électronique connecté à internet. Une fois que vous êtes connecté à internet, il vous suffit simplement de vous connecter sur ecoblog.bj pour créer un compte à partir duquel vous pourrez choisir le format d’expression qui vous convient. Autrement dit, un citoyen peut décider d’écrire un texte pour exprimer son ressenti par rapport à une situation environnementale. Il peut décider de partager une photo d’une solution qu’il pense ou qui mérite d’être accompagnée ou vulgarisée pour le bien de la planète. Il peut également partager une vidéo d’une problématique qu’il a rencontré ou il peut décider de faire une note vocale, un son pour exprimer, toujours son ressenti par rapport à une décision qui a été prise par une autorité publique.

Il vous suffit simplement de vous connecter sur ecoblog.bj pour créer un compte à partir duquel vous pourrez choisir le format d’expression qui vous convient.

Autant de moyens d’interaction avec le décideur qui sont possibles sur  la plateforme à l’état actuel. Le citoyen est vraiment libre et a un choix qui lui est laissé en fonction de ces aptitudes, de ces préférences et des conditions dans lesquelles il se retrouve. Par exemple, les citoyens qui ne sont pas forcément lettrés pourront se servir de l’enregistrement sonore pour partager du contenu sur la plateforme ou faire des vidéos ou encore des photos. C’est vraiment une plateforme qui est pensée pour permettre à tous les citoyens sans exception de pouvoir partager leurs ressentis et leurs avis.

Comment Ecoblog compte travailler de sorte à ce que les doléances sinon l’implication des citoyens atteignent véritablement les décideurs ?

Quand on parle souvent de décideurs et de gouvernants, on pense forcément à l’Etat, au gouvernement, au Président de la République, au Ministre. Alors que la question de l’environnement se gère à différentes stades de l’administration dans notre pays. Il ne s’agit pas d’une question qui dépend uniquement de l’État. C’est aussi une question qui relève du champ de nos communes, de nos arrondissements. Ceux-ci ont aussi leur rôle à jouer. La question n’est pas seulement de remonter au plus haut sommet de l’appareil étatique mais c’est parfois de réussir à faire en sorte que l’autorité locale, celle qui est la plus proche du problème puisse identifier ce problème, le comprendre ou identifier cette solution, la comprendre et pouvoir la porter et l’accompagner afin qu’elle puisse bénéficier à toute la communauté.

L’idée pour nous n’est pas forcément de faire en sorte que notre plateforme soit un pont entre le citoyen et le haut sommet de l’État. Mais l’idée, c’est vraiment que les autorités locales, de prime abord, puissent être au contact des citoyens, puissent se rendre compte des différents problèmes que ceux-ci rencontrent, de ce qu’ils ressentent, des différents décrets d’application qu’ils prennent et que ceux-ci puissent accompagner ces décideurs dans la prise de nouvelles décisions afin que ces dernières puissent être efficaces pour la protection de l’environnement. Enfin, l’objectif est de créer cette rencontre entre le ressenti des citoyens et les décisions qui sont prises par les autorités à divers niveaux (locales ou étatiques).

L’exemple le plus palpable, c’est le débat que nous avons mené au lancement d’Ecoblog qui a réuni aussi bien des citoyens, des acteurs de la société civile, des médias que des autorités locales. Nous avons entre autres le maire de la commune de Cotonou qui s’est fait représenter par son directeur des services environnementaux, la mairie d’Abomey-Calavi pour écouter le son de cloche des citoyens et des personnes sur les problématiques et les solutions qu’ils pensent être pertinentes pour résoudre certains problèmes qu’ils rencontrent dans leur vie.

Quels sont les paramètres ayant favorisé la création d’Ecoblog ?

La plateforme Ecoblog a été lancée le 5 août 2023 à Epitech Bénin. Le lancement est venu clôturer un séminaire de formation que nous avons organisé pour aider 30 jeunes à la création de contenus environnementaux. En amont, le projet en lui-même est né beaucoup il y a un peu plus d’un an et demi et on a pris le temps de développer la plateforme. Il faut dire que le projet a bénéficié de l’accompagnement de l’agence française de développement (AFD) à travers l’agence française de développement des médias CFI Médias et son projet Connexions Citoyennes ll.

Durant ce programme, Ecoblog a été accompagnée, mentorée, suivie par des experts européens et africains pour développer le projet et penser à tous les contours qui pourraient faciliter sa réussite. Cela également a permis de développer concrètement la plateforme, de l’améliorer et de la rendre la plus utile pour le citoyen. Ensuite, à la fin de la construction de la plateforme, nous avons pensé qu’il était intéressant quand même d’accompagner les citoyens dans la prise en main de cette plateforme parce que créer du contenu environnemental, c’est des articles, des images, des photos et des vidéos. Nous avons pensé qu’il était important d’organiser une formation pour permettre aux jeunes qui sont les principales cibles de pouvoir avoir des rudiments et de se lancer dans la création de contenus environnemental sur la plateforme.

Nous avons procédé au lancement et à la création de facto des tout premiers contenus environnementaux qui sont actuellement disponibles sur la plateforme.

Cette formation a suscité un grand enthousiasme. Nous avons reçu plus de deux cents candidatures au-delà même des frontières béninoises. On a reçu des candidatures de plusieurs pays en Afrique et même en Europe pour pouvoir assister à la formation. Nous en avons sélectionné 30 qui ont suivi une formation de deux jours avec des experts sur la rédaction d’articles, la création de contenus sonores et la création de contenus vidéo. Ceci est également rendu possible grâce à nos ambassadeurs qui ont également participé à la formation de ces jeunes écoblogueurs et écoblogueuses. A l’issue de la formation, nous avons procédé au lancement et à la création de facto des tout premiers contenus environnementaux qui sont actuellement disponibles sur la plateforme.

C’est aussi l’occasion de dire que nous avons mis en place un processus pour permettre à n’importe qui de pouvoir bénéficier de la formation parce que tous ceux que nous n’avons pas retenus qui sont au Bénin, ont quand même accéder aux modules de formation qui sont toujours disponibles à travers nos outils conversationnels sur Messenger et sur télégramme. C’est un travail constant de formation des citoyens qui va continuer et d’accompagnement de ceux-ci à l’expression de leur problématique et des solutions qu’ils pensent être pertinentes pour résoudre les problèmes environnementaux qu’ils rencontrent au quotidien.

À la date d’aujourd’hui, combien de citoyens ont déjà réagi sur la plateforme et quels sont les réalités sur lesquels l’attention des décideurs ont été déjà mises ?

Depuis le lancement de la plateforme le 5 août, nous avions déjà enregistré plus de 7000 visites et ce, en l’espace de trois jours. C’est très encourageant pour nous de voir qu’il y a cet engouement qui naît et que les citoyens sont intéressés à la création de ces contenus. Les réalités qui reviennent le plus, c’est les questions de pollution, les problèmes liés à la collecte des déchets et à l’assainissement. C’est surtout ça qu’on retrouve quand on se balade un peu sur la plateforme. On parle aussi parfois de la pollution atmosphérique, des inondations qui est un phénomène qui est malheureusement très présent à Cotonou et à Abomey-Calavi.

Ce sont des alertes et c’est en même temps aussi des solutions.

Les derniers articles publiés sur la plateforme, portent respectivement sur « les voies transformées en poubelles à ciel ouvert« . Là, le citoyen parle du jet d’ordures sur les voies publiques. D’un autre côté, il y a quelqu’un qui a proposé des solutions pour résoudre le manque d’assainissement dans la commune de Cotonou. Un autre propose également des solutions pour sauver le quartier Agla des inondations. Il y a aussi une vidéo sur la dégradation des routes à Hèvié. Une vidéo aussi sur la pollution à Saint Michel. Tout ça en fait, ce sont des alertes et c’est en même temps aussi des solutions puisque nous ne sommes pas dans l’optique de présenter uniquement des problématiques ou des dénonciations. L’idée, c’est que le citoyen aussi puisse dire : voilà ce que je pense pour changer ça pour que le décideur puisse être mieux inspiré. On a donc eu des contenus qui ont été proposés et partagés sur la plateforme.

Quelle projection faites-vous de Ecoblog dans 5, 10 ans ou du moins, quels sont les défis majeurs que vous comptez relever?

Dans 5 ou 10 ans, le défi qu’on souhaite relever, c’est faire en sorte que les citoyens soient davantage impliqués dans les processus de décision qui concernent l’environnement et qu’ils puissent être beaucoup plus engagés. L’ambition, c’est vraiment d’être le réflexe du citoyen lorsqu’il a envie de s’exprimer sur une question environnementale et d’être le réflexe des décideurs lorsqu’ils ont envie de prendre l’avis des citoyens sur des questions environnementales. L’objectif vraiment c’est que cette solution puisse se déployer peut-être dans d’autres pays de la sous-région et pourquoi pas ailleurs dans le monde pour qu’on puisse avoir des citoyens engagés aux quatre coins de la planète pour essayer d’améliorer notre environnement et notre planète.

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