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Au Bénin, les foyers de pourriture résistent aux réformes

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Des tonnes d’ordures collectées dans les maisons et les marchés continuent d’être déversées sur les grandes artères et dans les zones humides dans les communes du pays. Face à l’insuffisance des sites de regroupement, de transferts et des lieux d’enfouissement, les déchets sont gérés de manière ordinaire. Gros œil-de-perdrix au cœur des communes.

A Cotonou, les dépotoirs sauvages continuent d’être créés de façon clandestine. Des pneus, des appareils électroménagers, des matelas éventrés avec leurs sommiers, des batteries de voitures, des piles et autres déchets sont jetés nuitamment sur les grandes artères et dans les zones humides de la ville. De petits terrains vagues où se dressent des bâtisses sont devenus des mini-décharges prisées. Les ordures sont abondantes et sont souvent abandonnées dans les rues, les carrefours et les bas-fonds des quartiers sous intégrés de la capitale économique.

Triste décor qui ternit l’image de la ville. D’après le projet de modernisation de la gestion des déchets solides ménagers dans le Grand Nokoué lancé le 8 février 2019, environ 1 million de personnes produisent de 800 à 1000 tonnes  de déchets chaque jour à Cotonou. Au marché de Tokplégbé, Liliane Kossou  enfouit des déchets alimentaires et emballages divers dans des sacs à maïs entreposés à proximité de son étalage. « Je mets mes ordures là et les collecteurs passent avec leurs charrettes pour les ramasser chaque fin de semaine », confie-t-elle. Pour s’en débarrasser elle paie 100 francs par sac chaque semaine.

Risques de maladies

Malheureusement, toutes les femmes des marchés n’ont pas la notion de la propreté. Rissikatou Wabi, trésorière générale du comité de gestion du marché Gbégamey, indique qu’elle s’échine avec ses congénères à sensibiliser les femmes mais les mauvaises habitudes ont la peau dure. Au quartier Vèdoko, certains habitants dont les maisons jouxtent les bas-fonds préfèrent jeter leurs ordures selon leurs propres moyens. « Il y a des zones humides à Sêtovi et devant le Ceg Vèdoko, où les femmes vont déposer leurs ordures », confie la vendeuse Chantal Tossa. Selon elle, depuis plusieurs décennies, de nombreuses femmes refusent les abonnements et vont jeter directement leurs ordures, contribuant au remblayage des zones humides à proximité.  

A Sèmè-Podji, les populations des zones remblayées avec les ordures subissent toutes sortes de nuisances. Elles sont exposées aux problèmes d’hygiène, d’assainissement et de santé. D’ailleurs, ces nuisances perturbent Adébayor Oba Soumaïla et ses voisins. Cela fait douze ans qu’il témoigne avoir rejoint sa maison paternelle qui jouxte le dépotoir sauvage situé non loin de l’église catholique d’Ekpè. A l’écouter, les riverains, les charrettes et les agents motorisés viennent déverser toutes sortes d’ordures ramassées çà et là. « Les mouches nous assaillent sans compter les odeurs de toutes sortes », qui constituent, relève-t-il, leur lot quotidien. Il craint même d’être exposé aux risques liés au choléra et à des maladies apparentées.

Insuffisance de sites de regroupement

Selon Luc Comlan Guindéhou, spécialiste en tri et valorisation des déchets solides ménagers, cette situation est favorisée par l’absence des points de regroupement dans certains quartiers de la ville. « Nous sensibilisons les populations mais il y a toujours des poches de résistance aux bons comportements. Car il n’y a pas de dépotoirs, ni de sites de recyclage dans la ville », a-t-il regretté. Il pense que la mauvaise gestion des déchets est due à l’absence des points de regroupement dans les quartiers. Il invite le gouvernement à doter chaque quartier d’un point de regroupement ou de déchèteries pour faciliter la gestion des déchets.

Pourtant, en janvier 2018, un total de 10 camions ampliroll, 3 centres de transfert et 50 points de regroupement ont été mis à disposition des 5 communes du Grand Nokoué. Cet appui logistique se répartit comme suit : Cotonou : un centre de transfert, 13 points de regroupement, un camion à 4 essieux et 2 camions à 2 essieux ; Abomey-Calavi : un centre de transfert, 12 points de regroupement, un camion à 4 essieux et 2 camions à 2 essieux ; Sèmè-Podji  : un centre de transfert, 6 points de regroupement, un camion à 4 essieux et 1 camion à 2 essieux ; Porto-Novo : 10 points de regroupement et un camion à 2 essieux et Ouidah : 9 points de regroupement et 1 camion à 2 essieux.

« Résoudre le problème des déchets »

Financé par la Banque Mondiale dans le cadre Projet d’urgence de gestion environnementale en milieu urbain, cette opération vise à renforcer les agglomérations urbaines en infrastructures et en logistique afin de leur permettre de faire face efficacement aux défis d’assainissement du cadre de vie des populations.A l’en croire, les Groupements d’intérêt économique ne sont pas suffisamment associés au projet de modernisation de la gestion des déchets solides ménagers dans le grand Nokoué. Selon le ministère du Cadre de vie et du développement durable  José Tonato, ce projet qui va générer 3050 emplois directs, concerne les communes de Ouidah, Abomey-Calavi, Cotonou, Sèmè-Podji de Porto-Novo, où la forte concentration d’individus génère un volume considérable de déchets estimé à 385.000 tonnes par an.

Pour réussir leur mission, les autorités en charge du projet ont confié son contrôle à l’entreprise Coved, un partenaire technique de référence, filiale béninoise du groupe français Coved/Paprec, le N°1 du recyclage des déchets en France. Ce groupe va aider à optimiser les performances des opérateurs. Le budget prévu pour la mise en œuvre du projet pour la 1ère année est de 10 milliards Fcfa entièrement pris en charge par le gouvernement. 1000 engins légers seront mis en circulation pour la pré-collecte des déchets et 80 engins lourds pour la collecte. Ouèssè, dans l’Atlantique et Takon, dans l’Ouémé sont les deux zones choisies pour la réalisation des travaux d’amélioration et l’exploitation du lieu d’enfouissement sanitaire.

Pour le Ministre José Tonato, ce projet issu d’un long processus d’impatience et de frustration, mais aussi de méthodes fondamentalement marquées par la volonté politique du chef de l’État Patrice Talon, offrira aux Béninois un système performant de gestion de déchets. « Il viendra résoudre de façon définitive le problème de déchets et d’hygiène dans les communes concernées », a-t-il déclaré. Malheureusement, les vieilles habitudes ont la peau dure depuis le lancement de ce projet. Une situation qui a fait sortir le ministre du cadre de Vie et son collègue de la décentralisation en septembre dernier où ils ont déploré l’état d’insalubrité des espaces verts aménagés pour la circonstance.

Et l’on s’incrimine !

Face à la défaillance collective de toute la chaîne de gestion des déchets et l’insuffisance des équipements et matériels, l’Etat central, les autorités communales et locales ainsi que les populations s’accusent. Selon le gouvernement, la municipalité ne joue pas suffisamment son rôle. Pour le ministre du cadre de vie et du développement durable José Didier Tonato, les maires des communes doivent jouer leur partition pour aider le gouvernement à atteindre son objectif. Il note l’absence de structure de suivi et de contrôle dans les communes comme Cotonou où l’Etat a investi dans la réalisation des jardins publics et espaces verts.

Mais, la mairie à son tour jette le tort sur les prestataires et les structures de collecte. Ceux-ci à leur tour accusent les chefs quartiers. Thierry Kofi qui coordonne les activités de collecte de déchets pour l’Ong Métropole Ville propre, dans les marchés Zogbo, Fifadji, Casse-Auto et Vèdoko, explique le processus suivi par les déchets une fois ramassés. « Quand on les ramasse, on les décharge dans les bas-fonds à la demande de certains chefs de quartier pour les aider à ouvrir les voies », poursuit-il. Selon lui, ce sont certaines autorités locales qui indiquent les emplacements où il faut déverser les ordures. A Vèdoko, seulement quelques-unes des maisons se sont abonnées à Mvp. D’autres gèrent elles-mêmes leurs ordures, étant donné que les zones humides sont proches.

Thierry Kofi déplore l’absence de dépotoir d’ordures ou de sites de recyclage ou encore de tri de déchets dans la ville de Cotonou. Selon lui, c’est ce déficit qui amène les femmes des marchés et les populations à déverser les ordures sur les grandes artères de la ville ou dans les bas-fonds. Mais, le chef quartier de Zézounmey à Cotonou, Phoebé Catrayé estime que ce sont les Groupements d’Intérêt d’Economique, chargés du ramassage des ordures qui ne font pas bien leur travail. « Non seulement ils n’amènent pas les ordures vers les dépotoirs mais encore elles les déversent dans les caniveaux et bas-fonds », se désole-t-elle. Cet état de choses ne conscientise pas les citoyens qui, à leur suite, font de même en déversant les ordures n’importe où. Malgré, la présence des panneaux interdisant le dépôt des ordures dans certaines zones  humides du Littoral comme Zogbo, Kindonou, Agla et autres, les populations et les éboueurs continuent avec cette vilaine pratique.

Christian Hounongbé, avec le soutien de l’Ambassade des Usa

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