Accueil Interview Yaye Sophietou Diop : « L’accès à l’eau et à l’assainissement est un droit pour tout être humain »

Yaye Sophietou Diop : « L’accès à l’eau et à l’assainissement est un droit pour tout être humain »

Yaye Sophietou Diop, responsable plaidoyer à TONG Speak Up Africa

On parle de plus en plus de l’accès à l’eau et à l’assainissement à travers le prisme des droits humains. Dans cette interview qu’elle nous donne, Yaye Sophietou Diop, la responsable plaidoyer à Speak Up Africa, une ONG basée à Dakar au Sénégal, revient sur cette approche. Elle parle aussi de l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD) liés à l’eau et à l’assainissement, et des missions de Speak Up Africa.

Miodjou : Pourquoi entend-t-on de plus en plus parler des questions d’eau, d’hygiène et d’assainissement sous l’angle des droits humains ?

Yaye Sophietou Diop : Il est important qu’on revienne sur le fait que l’Afrique est l’un des continents qui regorgent le plus de ressources en eau. Malgré cela, il y a toujours des zones qui n’ont pas d’eau. L’un des gros enjeux auxquels nous sommes confrontés, c’est l’accès à l’assainissement. La plupart de nos pays ont ratifié les droits humains relatifs à l’eau et à l’assainissement, mais on se retrouve dans une situation où le minimum nécessaire, par rapport à l’accès à l’eau et à l’assainissement n’est pas encore mis en œuvre.

Il est important de rappeler qu’avoir un accès à l’eau et à l’assainissement doit être considéré comme un droit pour tout être humain, tout comme le droit à la santé ou à l’éducation. On investit beaucoup sur les questions liées à la santé et à l’éducation mais si les gens ne vivent pas dans les conditions optimales, si le système d’assainissement n’est pas adéquat, si ces personnes n’ont pas d’eau, peut-être que ces enfants pour qui on a construit des écoles vont mourir avant d’avoir l’âge d’aller à l’école. Il est donc vraiment important d’assurer ce minimum nécessaire afin que tout être humain, quel que soit son niveau de vie sociale, puisse avoir accès à ces droits qui sont fondamentaux.

Concrètement, que met en œuvre Speak Up Africa  pour l’effectivité de ces droits pour les Africains ?

Speak Up Africa est une organisation à but non lucratif basée à Dakar. Nous intervenons dans la plupart des pays d’Afrique, même si on a un focus sur les pays d’Afrique de l’ouest. A travers nos interventions, nous visons les ODD de 1 à 6. Ce que nous voulons vraiment,  c’est faire un plaidoyer en direction des décideurs, mais également en direction de la communauté, afin que toutes ces questions prioritaires de développement soient prises en charge. Dans le cadre de cet appui qu’on fait, on a un programme sur l’assainissement qui vise les pays d’Afrique de l’ouest.

Il vise spécialement trois pays : le Sénégal, le Burkina-Faso et la Côte d’Ivoire. L’idée, c’est qu’on ait dans ces pays, une meilleure prise en charge des questions d’assainissement, parce qu’on s’est rendu compte que, même si en général l’eau et l’assainissement ne sont pas priorisés, l’assainissement reste le secteur le moins priorisé quand on le compare à l’eau. L’essentiel des financements ne va pas vers l’assainissement, mais plutôt à l’eau. Or, sans assainissement, on ne peut pas avoir un système normal d’eau. Nous voulons pousser les décideurs à mieux prioriser ces questions.

Dans cette optique, on travaille énormément avec les médias, parce qu’on considère qu’ils sont au centre même des décisions. Si on va apporter des changements, il faut qu’ils soient considérés comme des décideurs et pas seulement pour venir couvrir des événements. Lorsqu’il s’agit de prendre des décisions par rapport à ces questions, qu’on les considère comme des acteurs de développement. C’est pour cela que nous sommes en train de lutter et qu’on essaie de tisser le maximum de partenariat possible avec les médias.

Quelle est l’approche de Speak Up Africa ?

Notre approche est à trois niveaux. On travaille à un niveau régional parce que, quelles que soient les questions, qu’il s’agisse d’assainissement, d’eau ou de santé, on veut que des organisations telles que : l’Association africaine de l’eau, l’Union africaine, puissent mieux les prendre en charge. L’autre niveau d’intervention est national. On travaille beaucoup avec les ministères pour s’assurer qu’il y a une meilleure prise en charge de ces questions. C’est à ce niveau qu’on travaille avec les médias et les Organisations de la société civile.

A un niveau beaucoup plus communautaire, on travaille beaucoup avec les leaders communautaires. L’une des approches qu’on essaie de mettre en œuvre est basée sur les champions. Au niveau de chaque pays, on essaie d’identifier les champions clés, dont le pouvoir est reconnu par la population et qui peuvent diffuser des messages de communication. On s’appuie véritablement sur cette approche et on essaie de mobiliser le maximum d’acteurs à un niveau communautaire, pour s’assurer que les décisions qui sont prises au niveau régional et national soient implémentées à un niveau beaucoup plus communautaire.

Les ODD ambitionnent, d’ici à 2030, de ne laisser personne de côté. Y croyez-vous à 11 années du bilan ?

On reste convaincus qu’on ne peut pas atteindre un ODD sans tenir compte d’un autre. C’est ce qui explique qu’on travaille autour des six premiers ODD. Si on veut renforcer la santé des populations, il faut qu’elles aient le minimum d’eau et d’assainissement. Si on veut tenir compte des questions de genre, il faut qu’on puisse construire des toilettes décentes. D’où le fait que l’objectif 6 intervient à ce niveau. Ce qu’on veut vraiment, c’est qu’avant-même qu’on n’arrive à l’évaluation des ODD, que la plupart des pays d’Afrique puissent assurer à leurs populations, un accès à une eau de qualité. J’insiste sur la qualité, parce qu’il s’agit beaucoup plus que de fournir de l’eau à tout le monde.

Il faut que cette eau soit de qualité, potable, et que les populations puissent l’utiliser. En plus de ça, on veut s’assurer que toutes les populations africaines puissent avoir des infrastructures d’assainissement correctes. Et pour ce faire, on travaille beaucoup avec les médias et les Organisations de la société civile. Mais également avec les Organisations au niveau régional, pour s’assurer qu’il y a des directives qui sont développées au niveau régional et que les pays vont les appliquer. C’est dans ces cadres qu’on travaille avec l’AMCOW (Conseil des ministres africains chargés de l’eau, NDLR). On espère que d’ici à onze ans, on pourra atteindre ce défi d’accès à l’eau et à l’assainissement pour tous.

Etes-vous confiante ?

Je suis relativement très optimiste par rapport à cela. Quoi qu’on puisse dire, on se rend compte qu’il y a un élan de prise en charge aujourd’hui de ces questions au niveau de chaque pays, et que nos gouvernements ne font plus des programmations sans tenir compte des questions d’eau et d’assainissement. C’est un bond en avant et en plus de ça, on se rend compte que dans leur planning d’activités, les Organisations de la société civile intègrent les questions d’eau et d’assainissement.

Les médias communiquent beaucoup plus par rapport à ces questions et on voit aujourd’hui, un changement de comportement au niveau des ménages. Il y a eu beaucoup d’approches qui ont été développées. Exemple de l’approche totale pilotée par la communauté qui a permis aux ménages d’avoir accès à beaucoup plus de toilettes. Il y a aussi l’approche totale pilotée par les leaders qui a été développée au Burkina-Faso et a permis à des ménages vulnérables de bénéficier de toilettes. Je pense qu’avec l’appui des bailleurs, de la communauté, et de tous les membres des sphères au niveau national, on pourra véritablement atteindre cet objectif.

Propos recueillis par : Germaine Smith

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